Opinion & Édito

DeFi United : 161 M$ levés en 6 jours pour sauver Kelp DAO

Aave lance le 23 avril DeFi United, fonds de secours pour reconstituer le backing rsETH de Kelp DAO. Coalition Lido, Ethena, EtherFi, Mantle : 161 M$ levés en 6 jours.

Réunion stratégique de cadres autour d'une grande table en bois

Points clés

  • Aave lance le 23 avril 2026 le fonds de secours DeFi United pour aider Kelp DAO à reconstituer le backing rsETH après le hack du 18 avril.
  • Cible affichée : 100 000 ETH levés auprès des principaux acteurs DeFi pour combler les 292 millions de dollars siphonnés via LayerZero.
  • Aave propose 25 000 ETH de sa trésorerie, Mantle apporte 30 000 ETH en facilité de crédit, EtherFi/Lido/Ethena cumulent 14 570 ETH.
  • Stani Kulechov, fondateur d’Aave, ajoute personnellement 5 000 ETH du capital ; le fonds atteint déjà 69 534 ETH (161 M$) au 24 avril.
  • L’opération teste la solidarité écosystème DeFi face à un risque structurel : la composabilité multi-protocoles transmet les défaillances en cascade.

Aave a lancé le 23 avril 2026 le fonds de secours DeFi United pour aider Kelp DAO à reconstituer le backing du token rsETH après le hack qui a siphonné 292 millions de dollars via LayerZero le 18 avril. La cible est de lever 100 000 ETH auprès des principaux protocoles DeFi. Aave engage 25 000 ETH de sa trésorerie, Mantle ouvre une facilité de crédit de 30 000 ETH, EtherFi, Lido et Ethena cumulent 14 570 ETH. Stani Kulechov, fondateur d’Aave, ajoute personnellement 5 000 ETH. Au 24 avril, le fonds avait déjà mobilisé 69 534 ETH soit 161 millions de dollars.

Une coalition rare dans l’histoire de la DeFi

L’initiative DeFi United agrège un nombre rare d’acteurs autour d’un même objectif. La liste des contributeurs ressemble à un who’s who de l’infrastructure Ethereum. Aave en chef de file avec ses 25 000 ETH demandés à sa gouvernance décentralisée, Mantle qui structure une facilité de crédit jusqu’à 30 000 ETH, et un consortium d’acteurs liquid staking et stablecoin (EtherFi, Lido, Ethena) à hauteur de 14 570 ETH cumulés. Selon The Defiant, BGD Labs et Ink Foundation complètent le tour de table avec des contributions plus modestes mais structurantes en signaling.

Ce niveau de coordination est inédit. Lors des hacks précédents (Ronin en 2022, Multichain en 2023, Curve en 2023), la communauté DeFi avait observé une certaine forme d’individualisme : chaque protocole ajustait ses paramètres mais ne mobilisait que rarement de la trésorerie pour aider les voisins en difficulté. La rupture de DeFi United tient à la prise de conscience d’un risque systémique : si rsETH s’effondre, les positions Aave qui l’utilisent comme collatéral menacent à leur tour, et le contagion se propage à l’ensemble de l’écosystème liquid restaking.

Le hack du 18 avril et le rôle de LayerZero

Le hack initial du 18 avril 2026 a permis à un attaquant de drainer 292 millions de dollars de Kelp DAO via une vulnérabilité du bridge LayerZero utilisé pour la circulation de rsETH entre Ethereum mainnet et plusieurs L2. Le détail technique de l’exploit n’est pas encore entièrement public, mais les premiers post-mortems pointent une faille dans la validation des messages cross-chain qui a permis de simuler des dépôts inexistants côté L2 et de retirer le collatéral correspondant côté mainnet.

Selon The Block, l’attaquant a réussi à liquider une partie des fonds via Tornado Cash et différents bridges anonymisés avant que les contre-mesures ne soient mises en place. La traçabilité des fonds restants reste incertaine, mais les analystes estiment qu’environ 60 % du butin a déjà été blanchi à travers des chaînes mineures et des mixers décentralisés.

Pourquoi Aave porte la coordination

Le rôle moteur d’Aave dans cette opération de sauvetage n’est pas anodin. Aave est l’un des principaux utilisateurs de rsETH comme collatéral, avec environ 320 millions de dollars de positions adossées à ce token avant le hack. Si rsETH perdait son ancrage à l’ETH, ces positions seraient automatiquement liquidées, déclenchant une cascade de ventes forcées qui pourrait elle-même précipiter le marché ETH à la baisse. Pour Aave, sécuriser rsETH revient à protéger sa propre solvabilité.

Le calcul économique sous-jacent est cohérent : mieux vaut investir 25 000 ETH dans le sauvetage de Kelp DAO que voir s’effondrer 320 millions de dollars de positions collateralisées dans son protocole. Cette logique de solidarité intéressée rappelle celle des banques systémiques pendant la crise de 2008, où les acteurs majeurs ont coopéré pour éviter la défaillance d’un maillon dont la chute aurait emporté l’ensemble du système. La DeFi atteint ce stade de maturité où certaines défaillances deviennent intrinsèquement systémiques.

Les enseignements pour le risque systémique DeFi

L’épisode Kelp révèle une fragilité structurelle de la DeFi composable. Plus les protocoles s’imbriquent (lending, restaking, stablecoins, bridges), plus une faille dans un maillon peut transmettre ses effets aux autres. Cette caractéristique avait été identifiée dès 2022 dans plusieurs analyses académiques mais elle prend désormais une dimension opérationnelle critique avec la maturité du marché. Selon DL News, plusieurs propositions sont à l’étude pour limiter cette transmission en cascade.

Trois pistes émergent. D’abord la mise en place d’un fonds de garantie permanent alimenté par une fraction des fees de chaque protocole, sur le modèle des fonds de garantie bancaires. Ensuite, la limitation des chemins de composabilité avec des plafonds d’exposition entre protocoles. Enfin, l’intégration plus systématique d’audits formels et de bug bounties à grande échelle. Aucune de ces pistes n’est encore consensuelle dans la communauté, mais l’épisode Kelp pourrait accélérer la convergence.

Le précédent que pose DeFi United

Au-delà du sauvetage immédiat, DeFi United pose un précédent qui pourrait restructurer la DeFi à moyen terme. Si la coalition réussit à reconstituer pleinement le backing de rsETH, elle démontre que l’écosystème dispose de mécanismes d’auto-régulation efficaces face aux crises majeures. À l’inverse, un échec ou une dilution des engagements pourrait alimenter le narratif que la DeFi reste structurellement fragile et nécessite une intervention régulatoire externe.

Pour les régulateurs, l’épisode est observé attentivement. La Banque des Règlements Internationaux et l’AMF ont déjà publiquement noté l’événement comme illustrant la nécessité d’un cadre prudentiel adapté aux protocoles DeFi. Plusieurs analystes estiment que la réussite de DeFi United pourrait paradoxalement accélérer la régulation en montrant que les acteurs sont mûrs pour des obligations formalisées en matière de capital de réserve et de gestion des risques.

Un débat sur la philosophie même de la DeFi

L’épisode déclenche un débat de fond dans la communauté. Pour certains acteurs, le sauvetage coordonné contredit l’esprit originel de la DeFi qui se voulait sans intermédiaire et sans bailout. Pour d’autres, c’est au contraire la preuve que la DeFi mature peut s’auto-organiser sans recours aux institutions traditionnelles. Cette tension philosophique se traduit dans les votes de gouvernance des protocoles contributeurs, où une partie minoritaire mais significative des token holders s’oppose à la mobilisation de la trésorerie pour aider un protocole tiers.

Les arguments avancés par les opposants méritent d’être pris au sérieux. Premièrement, créer un précédent de bailout incite les protocoles à prendre plus de risques en sachant qu’ils seront aidés en cas de défaillance, c’est l’aléa moral classique. Deuxièmement, mobiliser la trésorerie d’Aave pour Kelp DAO revient à faire payer les utilisateurs Aave pour les erreurs d’un autre protocole, ce qui pose une question d’équité. Troisièmement, le mécanisme de coordination informelle utilisé pourrait à l’avenir favoriser certains acteurs au détriment d’autres dans une logique politique. Ces critiques alimentent une réflexion plus profonde sur la gouvernance et la responsabilité dans la DeFi.

FAQ

Que se passe-t-il pour les détenteurs actuels de rsETH ?

Le token reste partiellement gelé pendant l’opération de reconstitution du backing. Kelp DAO a mis en place une procédure de redemption échelonnée qui permet aux détenteurs de récupérer progressivement leur valeur en proportion du backing reconstitué. Au 25 avril, environ 55 % du backing initial était sécurisé via les contributions DeFi United. La reconstitution complète est espérée pour mi-juin 2026.

Aave peut-il vraiment engager 25 000 ETH sans vote des token holders ?

Non. La proposition est soumise à la gouvernance décentralisée du protocole Aave. Le vote a démarré le 24 avril et s’achève le 30 avril. Les premières indications montrent une majorité favorable autour de 78 % des voix exprimées, mais l’issue dépendra du taux de participation final. En cas de rejet, Aave devrait revoir sa stratégie et probablement réduire sa contribution à un montant plus modeste financé par d’autres sources.

Pourquoi Tether n’a-t-il pas contribué ?

Tether n’est pas directement exposé à rsETH et ne fait pas partie de l’écosystème liquid restaking. Sa contribution aurait pu prendre la forme d’une assistance financière externe, mais aurait posé des questions de gouvernance sur la mise à disposition des réserves USDT pour des opérations non liées au backing du stablecoin. Cette neutralité est cohérente avec le mandat strict imposé à Tether par les autorités américaines.

Le fonds peut-il être étendu si les besoins augmentent ?

Oui. Aave a précisé que la cible de 100 000 ETH constitue un objectif initial qui peut être révisé à la hausse si les analyses post-mortem révèlent un trou plus important que prévu. Plusieurs contributeurs ont d’ailleurs prévu des mécanismes d’engagement secondaire activables sur appel, qui pourraient porter le total mobilisable à 150 000 ETH soit environ 350 millions de dollars.

À suivre

Trois jalons à surveiller : le résultat du vote Aave attendu le 30 avril, l’évolution des contributions secondaires sur le tracker public DeFi United, et les premières propositions d’évolution de la composabilité DeFi inspirées de cet épisode. Pour aller plus loin, lisez notre analyse du hack Kelp DAO du 18 avril et notre dossier sur la composabilité DeFi comme risque structurel.

Avertissement : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un conseil en investissement. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte en capital.
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Je suis Mohamed Meguedmi, fondateur et directeur éditorial de La Gazette Crypto. Passionné par les cryptomonnaies, la blockchain et l'intelligence artificielle depuis 2017, j'ai accompagné l'évolution du secteur crypto en tant qu'entrepreneur du numérique. Mon ambition avec La Gazette Crypto : vous décrypter au quotidien l'écosystème crypto francophone — actualités Bitcoin, DeFi, régulation MiCA, NFT, Web3 — avec rigueur et sans bullshit. La rédaction s'appuie sur des outils d'analyse modernes — incluant l'IA générative — et chaque publication est vérifiée et validée par mes soins avant mise en ligne. Profil LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/mohamed-meguedmi/