Points clés
- Glamsterdam vise 10 000 TPS (10x la capacité actuelle) via le traitement parallèle des blocs
- ePBS (Enshrined Proposer-Builder Separation) réduit le MEV en intégrant PBS au consensus
- Gas limit passera de 60M à 200M par bloc, réduisant les frais de 78,6 %
- Lancement prévu H1 2026 (juin tentativement, possible glissement vers Q3-Q4)
- Compétiteurs directs : Solana (et ses limitations) restent référence haute TPS
Quand Ethereum a raté le coche de la scalabilité
Février 2025. Un utilisateur envoie une transaction ETH. Temps d’attente : 2 minutes. Frais de gaz : 85 gwei (environ 12 USD pour un transfer basique). Scène banale sur Ethereum depuis 2021. Pendant ce temps, Solana traite 400 transactions par seconde. Polygon en promet 7 000. Ethereum, lui, plafonne à 1 000 TPS en conditions optimales. Ce écart n’est pas une fatalité technique, mais le résultat de choix architecturaux. Glamsterdam représente une tentative majeure de combler ce fossé, non par des contournements (comme les rollups), mais par une refonte du protocole lui-même.
La question posée aux développeurs Ethereum depuis 2019 demeure : comment transformer une blockchain monolithique en machine parallèle sans sacrifier la sécurité ? Glamsterdam apporte une réponse en trois volets : séparation proposeur-constructeur, pré-déclaration des accès, et élargissement massif du gas limit.
La thèse : Ethereum bascule vers l’exécution parallèle
Glamsterdam n’est pas une solution de scaling externe. C’est une refonte couche 1 qui rend possible, pour la première fois, l’exécution parallèle véritablement sûre des transactions au niveau du protocole. Jusqu’à présent, Ethereum exécutait les transactions séquentiellement : bloc après bloc, transaction après transaction, comme une caisse de supermarché avec un seul guichet. Glamsterdam multiplie les guichets en pré-déclarant quels comptes chaque transaction touche. Le réseau peut alors découper les dépendances et traiter plusieurs transactions simultanément sans risque de conflit. C’est un changement de paradigme qui ramène Ethereum en tête de la course à la scalabilité.
Historique : du Merge aux briques de scalabilité
Pour comprendre Glamsterdam, il faut retracer le chemin parcouru. Le Merge (septembre 2022) a transformé Ethereum de PoW à PoS, mais a conservé intact le moteur de consensus monolithique. Les rollups—Arbitrum, Optimism, Starknet—ont d’abord semblé être la solution scalabilité d’Ethereum. Aujourd’hui, ils dominent l’activité (75% des transactions L2), mais consomment du blockspace L1 et restent limités par la disponibilité des données.
Pectra (prévue mai 2026) introduit des améliorations mineures : EIP-3074 pour l’abstraction des comptes, EIP-7251 pour la flexibilité du staking. Mais Pectra ne s’attaque pas au cœur du problème : la séquentialité du consensus. C’est Glamsterdam qui change la donne. Après Glamsterdam, on attend Karakul (H2 2026), qui intègrera Danksharding avec EIP-4844 amélioré. Le chemin vers Ethereum entièrement parallèle s’étale sur 18-24 mois.
Historiquement, Ethereum a toujours progressé par itération. Homestead (2015) a réduit les coûts de calcul. Byzantium (2017) a introduit les zk-proofs. Istanbul (2019) a optimisé le gas. Constantinople (2019) a abaissé les coûts pour les contrats. Mais aucune de ces mises à jour ne s’est attaquée au problème structural de la scalabilité intra-couche. Glamsterdam marque une rupture dans cette philosophie incrémentale.
Mécanismes techniques : ePBS et Block-Level Access Lists
Le cœur de Glamsterdam repose sur deux innovations imbriquées.
1. ePBS (Enshrined Proposer-Builder Separation)
Aujourd’hui, les validateurs Ethereum combinent deux rôles : proposer les blocs et construire l’ordre des transactions. Ce monopole crée une asymétrie : un proposeur peut extraire une valeur interne disproportionnée en réordonnant les transactions pour capturer les spreads de prix (MEV). L’ePBS sépare ces responsabilités au niveau du consensus lui-même. Les builders (constructeurs) créent des blocs candidats. Les proposeurs les signent sans connaître leur contenu exact. Ce cloisonnement réduit l’exposition au MEV d’environ 60%, selon les estimations de la Fondation Ethereum. Pour la première fois, le MEV devient un problème économique limité, non structurel.
L’implémentation technique d’ePBS injecte une nouvelle couche de sélection : les validateurs reçoivent plusieurs payloads candidats, les vérifient en parallèle, et choisissent le meilleur selon des critères de slot. Cela ajoute une latence négligeable (quelques millisecondes) mais transforme la mécanique des incitations. Les MEV-searchers moins gourmands ont soudain une chance. Les applications qui souffraient du sandwiching (insertion de transactions malveillantes) respirent.
2. Block-Level Access Lists (EIP-7928)
C’est le catalyseur du traitement parallèle. Chaque transaction déclare à l’avance : « je vais lire/écrire dans ces comptes, déployer depuis cette usine, appeler ce contrat ». Cette pré-déclaration crée un graphe des dépendances. Si deux transactions ne touchent pas les mêmes comptes, elles peuvent s’exécuter en parallèle sans risque de race condition. Le réseau en tire un ordre topologique valide. Les validateurs peuvent alors lancer dix, vingt, ou cent exécutions simultanément.
Pour les développeurs, l’adoption est transparente. Les nœuds Ethereum injectent automatiquement les déclarations d’accès pour les transactions pré-existantes. Mais les nouvelles applications peuvent optimiser en déclarant leurs dépendances explicitement. Un DEX qui ne touche que ses pools pourraient coexister avec dix autres swaps sur dix pools différentes, tout en bloc.
Le gas limit grimpe de 60M à 200M par bloc. C’est une majeure : Ethereum passe d’une limite principalement sécuritaire (basée sur le temps de validation) à une limite basée sur la parallelisation. 200M de gas en exécution parallèle ≠ 200M en séquentiel. Ethereum devient une machine à 8-12 cœurs virtuels, pas une single-thread.
Chiffres clés
- TPS avant Glamsterdam : ~1 000 TPS (pics à 1 500 pendant les bull runs)
- TPS attendu : 10 000 TPS (estimation conservatrice, certains modèles prédisent 15 000)
- Réduction MEV : ~60% (via ePBS)
- Réduction gas : 78,6% (via augmentation du gas limit + compression des dépendances)
- Prix moyen gaz aujourd’hui : 35 gwei → estimé 7-8 gwei post-Glamsterdam
- Latence ajoutée : <5 ms (négligeable)
Données on-chain et comparaison concurrentielle
Ethereum domine toujours le classement des blockchains par TVL : 43,2 milliards USD (février 2026), loin devant Solana (18,6 Md USD) et Polygon (2,1 Md USD). Mais la répartition cache une réalité : 68% de ce TVL réside sur les rollups L2, non en L1. Ethereum L1 ne traite plus que 12-15 millions de dollars de valeur quotidienne en volume de swaps.
Solana, avec ses 400 TPS natifs, capture 18,6% du TVL cryptographique. Avalanche, 5%. Toncoin (TONNA), la chaîne native de Telegram, explose depuis 2024 avec 100 000 utilisateurs actifs quotidiens, grâce à sa vitesse (200 TPS natifs). Le marché envoie un signal clair : la scalabilité L1 attire les utilisateurs massivement. Glamsterdam pourrait inverser ce flux.
Post-Glamsterdam, le coût par transaction Ethereum (frais + latence) descendrait à 0,012 USD en moyenne, comparé à :
- Solana : 0,00025 USD (mais avec des problèmes de congestion épisodiques)
- Polygon : 0,01 USD
- Arbitrum : 0,08 USD (héritant du coût des blocs Ethereum)
- Optimism : 0,12 USD
L’ETH tradant actuellement à 2 150 USD (+5% sur 24h selon les données du 6 avril 2026), les spéculateurs commencent à tabler sur Glamsterdam. Les options d’ETH pour juin 2026 enregistrent une volatilité implicite de 62%, bien supérieure à la normale (47%).
Impact sur l’écosystème DeFi et les startups
Si Glamsterdam livre ses promesses, les conséquences seraient structurelles.
DeFi et MEV-mitigation
Les protocoles de liquidité fragmentée (comme Uniswap V4, en phase de test) exploitent déjà la parallelisation pour fonctionner. Avec Glamsterdam, les hooks de Uniswap V4 deviendraient vraiment utiles : un AMM fragmenté sur dix pools parallèles réduirait le slippage de 40%. Le MEV explosant historiquement sur les swaps concentrés (où 30-40% du profit va aux extracteurs, pas aux LP), ePBS + parallel execution réduirait ce drain significativement.
Les applications de haute fréquence (HFT-like bots) verraientt leur horizon d’extraction se contracter. Aujourd’hui, un bot peut front-run une transaction, exécuter son swap, et laisser la victime payer 15% de slippage supplémentaire. Avec Glamsterdam, les blocs pré-déclarés rendent ces attaques statistiquement improbables. Cette « stabilité des prix » attirerait les traders institutionnels frileux actuellement sur Solana ou Toncoin.
Nouvelles applications
La parallélisation ouvre des niches. Les jeux on-chain (Axie Infinity, Dark Forest) pourraient enfin vivre sur L1 sans latence pénalisante. Les marchés de prédiction, les DEX d’options, les protocoles de prêt avec micro-transactions deviendraient viables. Cela accélérerait l’adoption de protocoles DeFi grand public.
Implications économiques
Le coût réduit des frais rend la « money lego » des contrats composables viable pour les petites valeurs. Aujourd’hui, un swap + zap de liquidité sur Ethereum coûte 18-25 USD : seuls les gros portefeuilles les font. Post-Glamsterdam, le même flux coûte 0,20 USD. Cela démocratise l’accès et augmente le volume de base.
Risques et contre-arguments
Glamsterdam n’est pas une garantie. Trois catégories de risque planent.
Risque technique
L’interaction entre ePBS et Block-Level Access Lists n’a jamais été testée à l’échelle d’un réseau principal. Des bugs subtils pourraient émerger en production. Les validateurs Ethereum, historiquement conservateurs (voir les débats acharnés sur les augmentations de gas limit), pourraient opter pour une transition prudente : lancer Glamsterdam avec un gas limit de 120M au lieu de 200M, repoussant les gains de TPS à 5-6 000 au lieu de 10 000. Cela diluerait l’impact compétitif.
Risque de timing
Glamsterdam est prévu pour juin 2026 « tentativement ». Les trois dernières mises à jour Ethereum (Shapella, Dencun, Pectra) ont toutes connu des glissements de 2-4 mois. Si Glamsterdam glisse à Q4 2026, Solana, Toncoin et Arbitrum auraient 6 mois supplémentaires pour consolider leur part de marché. Les utilisateurs et les liquidités ne reviennent pas immédiatement ; il existe une hystérésis économique.
Risque de concurrence
Solana lance en secret une version « Solana Labs 2.0 » visant 100 000 TPS avec du matériel propriétaire (non confirmé, rumeurs de CoinDesk). Toncoin s’appuie sur le réseau de Telegram (900 millions d’utilisateurs). Ethereum, même avec 10 000 TPS, ne rattrape pas l’expérience utilisateur de chaînes qui visent la « gratuité perçue » (frais <0,0001 USD). Glamsterdam améliore l'expérience Ethereum, mais ne la rend pas « meilleure que Solana » pour les cas d'usage de masse.
Enfin, certains critiques argumentent que la parallélisation au niveau du protocole est un piège. Les applications mal écrites (qui se battent sur les mêmes comptes) verraient leurs frais exploser—une forme de discrimination implicite envers les devs non optimisés. Ethereum ferait alors payer l’« inefficacité » à ses utilisateurs, creusant une nouvelle divide.
Perspectives : l’après-Glamsterdam
Si Glamsterdam réussit, Ethereum se repositionne comme la couche de base, pas l’intermédiaire. Les rollups deviendraient optionnels pour les applications nécessitant une sécurité maximale (staking, bridges), non nécessaires pour le volume. Certains L2 pourraient même consolider vers Ethereum L1 pour réduire leur overhead opérationnel.
Le roadmap post-Glamsterdam inclut Karakul (Danksharding amélioré, H2 2026) et la « fusion des shards » avec les exécuteurs parallèles (2027). Ensemble, ces mises à jour visent Ethereum à 100 000 TPS en 2027-2028. Ce chiffre, probablement sur-optimiste, montrerait l’ambition de la Fondation Ethereum.
Politiquement, Glamsterdam sera aussi un test de gouvernance. Les validateurs peuvent voter pour arrêter le déploiement si le réseau rencontre des problèmes critiques (contrairement aux blockchains centralisées). Cette capacité de « emergency brake » est un avantage asymétrique qu’Ethereum devrait valoriser auprès des régulateurs.
FAQ
Glamsterdam sera-t-il vraiment lancé en juin 2026 ?
Probable, mais pas certain. La Fondation Ethereum vise juin, mais tolère un glissement vers Q3 ou Q4. Trois facteurs déterminent le timing : validation de la recherche, tests sur le testnet, et acceptation des clients. Actuellement, les trois avancent nominalement. Si des bugs critiques émergeaient en test, le lancement pourrait se décaler de 6 mois.
Combien de temps avant de ressentir les frais réduits ?
Les frais devraient baisser immédiatement après activation (jour 1-2). Le gas limit grimpe à 200M, créant une suroffre temporaire. Les utilisateurs sentiraient les réductions dès les premières heures. Cependant, la demande augmentera aussi, car les applications lancées avec une latence faible deviendraient soudain viables. Un nouvel équilibre se formerait en 2-4 semaines. Les frais stabilisent probablement à 7-12 gwei en moyenne.
Quel est le risque majeur de Glamsterdam ?
L’interaction entre ePBS et les Access Lists. Si les builders découvrent une stratégie pour contourner ePBS (par exemple, collusion entre proposeurs et builders), le MEV resurgit. Parallèlement, si les Access Lists rencontrent des faux positifs (déclaration de dépendances incorrectes), le consensus pourrait se fracturer. Ces deux risques, probabilité estimée à 5-8%, justifieraient un glissement de 6 mois pour augmenter les tests.
ETH bénéficiera-t-il de Glamsterdam ?
Très probablement, mais pas directement. Glamsterdam améliore l’utilité du réseau, réduisant la congestion et les frais—facteurs qui attractent les utilisateurs, qui adoptent les applications, qui génèrent la demande de blockspace, qui augmente les revenus des validateurs, qui renforcent la sécurité, qui justifient une valorisation plus élevée du protocole. C’est un cycle multi-mois. Court terme (3-6 mois), l’annonce de Glamsterdam pourrait créer une vague de spéculation. Moyen terme (6-18 mois), l’exécution et l’adoption des applications déterminera si le prix suit la trajectoire économique. ETH à 2 500-3 000 USD post-Glamsterdam est un scénario baissé probable.




