Points clés :
- Goldman Sachs estime que Bitcoin approche d’un plancher après un recul de 20 % depuis son sommet de janvier 2026.
- L’analyste James Yaro identifie la fin du « leveraged washout » et le retour des flux institutionnels comme signaux de retournement.
- Les ETF Bitcoin spot ont enregistré 1,32 milliard de dollars d’entrées nettes en mars 2026, après 296 millions de sorties fin Q1.
- Le conflit en Iran et les prix de l’énergie restent les principaux risques baissiers identifiés par la banque.
- Goldman Sachs positionne le BTC comme concurrent de l’or en tant que réserve de valeur, un changement de narratif significatif.
Quand Goldman Sachs parle, le marché tend l’oreille
Il y a trois ans, Goldman Sachs qualifiait encore Bitcoin d’actif « trop spéculatif pour figurer dans un portefeuille institutionnel ». En avril 2026, la même banque publie une note interne décrivant le BTC comme un « concurrent sérieux de l’or en tant que réserve de valeur » et estime que son cours approche d’un plancher. Ce retournement de discours mérite qu’on en examine les fondements avec rigueur.
La note, signée par James Yaro, analyste senior de la division Global Investment Research, a été partiellement relayée par Bitcoin Magazine le 3 avril 2026. Elle repose sur une convergence de trois signaux quantitatifs que nous allons décortiquer.
La thèse de Goldman : le « leveraged washout » est terminé
La thèse centrale de Yaro tient en une phrase : « La purge de l’effet de levier est achevée, et nous assistons à une transition de la vente spéculative vers l’accumulation institutionnelle à long terme. » Pour étayer cette affirmation, l’analyste s’appuie sur trois métriques convergentes.
Contexte : d’où vient cette correction de 20 % ?
Bitcoin a atteint un sommet local à 84 200 dollars le 19 janvier 2026, porté par l’euphorie post-ETF et l’annonce de la Réserve Stratégique Bitcoin fédérale américaine. Depuis, le cours a reculé de 20 % pour osciller autour de 67 000 dollars début avril.
Plusieurs facteurs ont alimenté cette correction. Le rééquilibrage trimestriel des portefeuilles institutionnels a provoqué 296 millions de dollars de sorties des ETF Bitcoin sur la dernière semaine de mars. La guerre en Iran, déclenchée fin février, a propulsé les prix du pétrole au-dessus de 95 dollars le baril, ravivant les craintes inflationnistes et éloignant la perspective de baisses de taux de la Fed.
Parallèlement, le Fear & Greed Index crypto est resté en zone de « peur extrême » pendant 46 jours consécutifs entre février et mars, un record depuis la chute de FTX en novembre 2022. Ce contexte de pessimisme généralisé forme précisément le terreau que Goldman Sachs identifie comme propice à un retournement.
Pour contextualiser, cette correction de 20 % est modérée par rapport aux standards historiques de Bitcoin. La correction post-ATH de 2021 avait atteint 53 % ; celle de 2018, 84 %. Mais le marché de 2026 est structurellement différent : la présence des ETF spot, qui représentent désormais 4,2 % de l’offre totale de BTC, crée un plancher de demande institutionnelle qui n’existait pas lors des cycles précédents.
Le contexte géopolitique ajoute une couche de complexité inédite. Le conflit en Iran, qui a débuté le 27 février 2026, a provoqué un choc pétrolier rappelant 2008. Les prix du Brent ont bondi de 74 à 96 dollars le baril en six semaines, comprimant les marges des mineurs Bitcoin et alimentant les craintes d’un maintien prolongé des taux directeurs à leur niveau actuel. La Fed, lors de sa réunion du 19 mars, a explicitement conditionné tout assouplissement à une « stabilisation durable des prix de l’énergie ».
Dans ce contexte, le marché crypto a subi un double choc : un choc de liquidité (ventes de fin de trimestre des institutionnels) et un choc de sentiment (incertitude géopolitique). C’est précisément cette combinaison que Goldman Sachs considère comme un indicateur de capitulation, phase qui précède historiquement les retournements haussiers.
Analyse technique : les trois signaux de Yaro
Signal 1 : la baisse des liquidations
Les liquidations de positions longues sur les marchés dérivés Bitcoin ont chuté de 78 % entre janvier et mars 2026, passant de 2,3 milliards de dollars à 510 millions de dollars selon les données de Coinglass. Pour Yaro, cette décrue signifie que les positions à effet de levier les plus fragiles ont été éliminées. Le marché est « nettoyé » : les mains faibles ont été évincées, laissant une base de détenteurs plus résiliente.
Historiquement, les phases de baisse des liquidations précèdent les retournements haussiers. En 2022, la baisse de 65 % des liquidations entre novembre et janvier avait précédé le rallye de mars 2023. En 2024, un schéma similaire s’était produit avant le franchissement des 70 000 dollars.
Signal 2 : le retour des flux ETF
Après les sorties de fin mars, les ETF Bitcoin spot ont enregistré 1,32 milliard de dollars d’entrées nettes sur l’ensemble du mois de mars 2026. Sur l’ensemble du Q1, BlackRock (IBIT) et Fidelity (FBTC) ont capté 12,5 milliards sur les 18,7 milliards de flux totaux. Cette concentration sur deux acteurs dominants suggère un comportement d’accumulation institutionnelle, pas de spéculation de détail.
Yaro note que « les flux ETF constituent désormais le meilleur indicateur avancé de la demande institutionnelle pour Bitcoin. Leur retour en territoire positif après une purge de fin de trimestre est un signal classique de repositionnement. »
Signal 3 : le support technique à 68 000 dollars
Bitcoin teste actuellement un support technique majeur autour de 68 000 dollars, correspondant à la moyenne mobile 200 jours et au niveau de coût moyen d’acquisition des détenteurs à court terme (Short-Term Holder Realized Price), selon les données de Glassnode. Ce niveau a servi de support à trois reprises depuis décembre 2025.
Le volume d’échange au comptant autour de cette zone a augmenté de 34 % par rapport à la moyenne des 30 jours précédents, indiquant une absorption active de l’offre. Pour Yaro, « BTC teste un support à 68 000 dollars, et nous observons une transition de la vente spéculative vers la détention institutionnelle à long terme. »
Signal complémentaire : le comportement des whales
Au-delà des trois signaux principaux de Yaro, les données on-chain fournissent un indicateur supplémentaire. Les adresses détenant entre 1 000 et 10 000 BTC — généralement associées à des fonds d’investissement et des family offices — ont augmenté leurs positions de 47 000 BTC en mars 2026, selon Santiment. Ce comportement d’accumulation en période de peur est typique des phases de capitulation : les gros porteurs profitent de la faiblesse des prix pour renforcer leurs positions.
Parallèlement, l’indicateur MVRV (Market Value to Realized Value) de Bitcoin est descendu à 1,12, un niveau qui a historiquement coïncidé avec des zones d’accumulation. En comparaison, le MVRV était à 3,7 lors du sommet de novembre 2021 et à 0,85 lors du creux de décembre 2022. Un MVRV proche de 1 signifie que le prix de marché est proche du coût moyen d’acquisition de l’ensemble des détenteurs — une zone où la pression vendeuse s’amenuise mécaniquement, car vendre signifierait réaliser une perte.
L’activité du réseau corrobore cette lecture. Le nombre de transactions quotidiennes sur le réseau Bitcoin a atteint 620 000 en moyenne sur la dernière semaine de mars, un niveau supérieur de 15 % à la moyenne du trimestre. Les frais de transaction médians ont augmenté de 22 %, indiquant une demande réelle d’utilisation du réseau — pas simplement des mouvements spéculatifs sur les marchés dérivés.
Impact terrain : ce que ça change pour les investisseurs
L’appel au plancher de Goldman Sachs intervient dans un contexte où plusieurs indicateurs macroéconomiques restent défavorables. La Fed a maintenu ses taux à 4,75 % lors de sa dernière réunion, et le marché n’anticipe plus de baisse avant septembre 2026 au plus tôt. Goldman Sachs elle-même a relevé la probabilité de récession américaine à 45 %, un chiffre qui pèse sur tous les actifs risqués.
Pour les investisseurs particuliers, la note de Goldman offre un cadre d’analyse, pas un signal d’achat. L’analyste James Yaro précise d’ailleurs que « la reprise pourrait se matérialiser au second semestre 2026 », ce qui implique une période de consolidation potentiellement prolongée.
L’entrée imminente de Charles Schwab sur le marché du trading crypto spot pourrait toutefois accélérer le calendrier. L’accès de 35 millions de comptes Schwab au BTC et à l’ETH représente un réservoir de demande inédit, dont l’activation dépendra précisément du sentiment de marché.
Le marché du mining offre un autre angle de lecture. Le hashrate a atteint un record historique à 850 EH/s malgré la correction des prix, ce qui indique que les mineurs continuent d’investir dans l’infrastructure malgré la compression du hashprice à 28 dollars par PH/s. Cette résilience du hashrate est un signal haussier à moyen terme : elle suggère que les mineurs anticipent des prix plus élevés à l’horizon 6-12 mois pour justifier leurs investissements en capital.
Du côté des produits structurés, les institutions ne se contentent pas d’accumuler via les ETF. Grayscale a déposé des demandes d’ETF pour TAO et HYPE, signalant que l’appétit institutionnel s’étend au-delà du seul Bitcoin. Cette diversification est un indicateur de maturité du marché : les institutions ne parient plus uniquement sur le BTC comme proxy crypto, mais construisent des allocations sectorielles.
L’arrivée prochaine de Charles Schwab sur le marché spot, avec ses 11 900 milliards de dollars d’actifs clients, constitue un catalyseur potentiel dont le marché n’a pas encore intégré l’impact. Pour mémoire, le lancement des ETF spot en janvier 2024 avait déclenché un rallye de 60 % en deux mois. L’effet Schwab pourrait être d’une magnitude comparable, car il ouvre un canal de distribution entièrement nouveau vers une clientèle de patrimoine qui n’avait jusqu’ici aucun accès direct aux cryptomonnaies.
Perspectives contradictoires : les arguments baissiers
Tous les analystes ne partagent pas l’optimisme de Goldman Sachs. JPMorgan, dans une note publiée le 2 avril 2026, estime que Bitcoin pourrait encore descendre vers 58 000 dollars si le conflit iranien s’enlise et si les prix de l’énergie restent élevés. L’argument : des prix du pétrole supérieurs à 90 dollars réduisent la rentabilité du minage (le hashprice a chuté à 28 dollars par PH/s) et retardent les baisses de taux de la Fed, deux facteurs négatifs pour Bitcoin.
Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, a exprimé un avis plus nuancé sur son blog : « Le bottom est un processus, pas un événement. Bitcoin peut consolider entre 60 000 et 72 000 dollars pendant des mois avant de reprendre sa trajectoire haussière. Ceux qui cherchent un point d’entrée parfait risquent d’attendre longtemps. »
Le marché des options raconte une histoire similaire : la volatilité implicite à 30 jours reste élevée à 62 %, et le skew des puts à 25 delta est toujours négatif, indiquant que les opérateurs paient une prime pour se protéger contre une baisse supplémentaire. Le marché n’est pas encore convaincu que le plancher est atteint.
Et maintenant ? La feuille de route du second semestre
Si la thèse de Goldman Sachs se vérifie, plusieurs catalyseurs pourraient alimenter un rebond au S2 2026. Le plus immédiat est l’adoption potentielle du Clarity Act, qui fournirait un cadre réglementaire clair pour les actifs numériques aux États-Unis. Vient ensuite le lancement effectif de Schwab Crypto, qui ouvrirait un nouveau canal de distribution institutionnel.
Sur le plan macroéconomique, une désescalade du conflit en Iran permettrait une baisse des prix de l’énergie et rouvrirait la porte à un assouplissement monétaire de la Fed. Goldman Sachs conditionne explicitement sa prévision de reprise à ce scénario géopolitique.
Enfin, le prochain halving Bitcoin est désormais dans le rétroviseur (avril 2024), et l’effet de rareté accrue continue de se diffuser dans le marché. Historiquement, les 12 à 18 mois suivant un halving correspondent à la phase la plus haussière du cycle. Si ce pattern se répète, le second semestre 2026 pourrait effectivement marquer le début d’une nouvelle jambe de hausse.
Le marché des stablecoins offre un indicateur indirect mais significatif. L’offre totale de stablecoins a atteint 316 milliards de dollars en mars 2026, un record historique. Cette liquidité dormante, stationnée sur les plateformes d’échange, représente une « poudre sèche » considérable. Lors des retournements précédents, la conversion massive de stablecoins en BTC avait amplifié et accéléré la hausse. La question n’est pas de savoir si cette liquidité sera déployée, mais quand et à quel niveau de prix.
Un autre facteur souvent négligé est l’impact du programme d’achat continu de MicroStrategy, qui détient désormais plus de 250 000 BTC. La stratégie de Michael Saylor crée une absorption structurelle de l’offre qui, combinée aux achats des ETF, réduit la quantité de BTC disponible sur les marchés. Selon Glassnode, l’offre illiquide de Bitcoin — définie comme les BTC détenus par des adresses qui n’ont jamais vendu plus de 25 % de leurs entrées — a atteint 78 % de l’offre totale, un record absolu. Cette raréfaction de l’offre échangeable est un facteur haussier à moyen terme que les modèles classiques d’analyse technique peinent à capturer.
La dimension géopolitique mérite une attention particulière. Le conflit iranien a créé un paradoxe sur le marché du Bitcoin : alors que le BTC est souvent présenté comme une valeur refuge, sa corrélation avec les actifs risqués (actions technologiques, Nasdaq) reste élevée à court terme. Sur les 30 premiers jours du conflit, la corrélation BTC-Nasdaq a atteint 0,74, bien au-dessus de sa moyenne historique de 0,45. Cependant, Goldman Sachs note que cette corrélation tend à se découpler dans les phases de crise prolongée : lors de la guerre en Ukraine, le BTC avait initialement chuté avec les marchés actions avant de surperformer significativement sur les 6 mois suivants.
FAQ
Goldman Sachs recommande-t-il d’acheter du Bitcoin maintenant ?
Non. La note de James Yaro identifie des signaux de retournement, mais ne constitue pas une recommandation d’achat. L’analyste précise que « la reprise pourrait se matérialiser au second semestre 2026 », suggérant une phase de consolidation avant tout mouvement haussier significatif.
Quel est le scénario baissier de Goldman Sachs ?
Goldman Sachs a relevé la probabilité de récession américaine à 45 %. Si le conflit en Iran s’enlise et les taux restent élevés, Bitcoin pourrait rester sous pression. La banque ne donne pas d’objectif de cours à la baisse dans cette note spécifique.
Comment les ETF Bitcoin influencent-ils le cours ?
Les ETF Bitcoin spot représentent désormais le principal canal d’investissement institutionnel. Des entrées nettes signalent une demande structurelle ; des sorties indiquent un rééquilibrage ou un retrait. En mars 2026, le solde net de 1,32 milliard de dollars d’entrées confirme que les institutionnels continuent d’accumuler malgré la correction.
Le bottom Bitcoin est-il un événement ou un processus ?
Selon la plupart des analystes, c’est un processus. Les planchers de marché se forment généralement sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à travers une succession de tests de support, de rebonds avortés et de consolidations. Le niveau de 68 000 dollars identifié par Goldman Sachs est un point de référence, pas une ligne de démarcation absolue. Les investisseurs avisés surveilleront les volumes d’échange, les flux ETF et le comportement des whales pour confirmer — ou infirmer — la thèse du retournement dans les semaines à venir.




