Points clés
- Au moins 5 pays mènent ou planifient des opérations de mining Bitcoin étatique en 2026
- Le Kirghizstan vient d’autoriser le mining d’État et la constitution de réserves souveraines
- La rentabilité dépend entièrement du cours du Bitcoin et des coûts d’énergie
Un fait qui mérite qu’on s’y arrête
En avril 2026, le parlement kirghiz vient d’autoriser le mining d’État Bitcoin, avec constitution d’une réserve souveraine. Le Bhoutan mine du Bitcoin avec son énergie hydroélectrique depuis 2023. Le Salvador détient plus de 6 000 BTC dans sa réserve nationale. L’Iran utilise ses centrales pour miner et accepte désormais le crypto comme péage du détroit d’Ormuz. Les États-Unis débattent d’une réserve stratégique Bitcoin. En l’espace de trois ans, le mining d’État est passé d’une curiosité marginale à un phénomène géopolitique.
Le constat : les États veulent leur part du réseau
La logique des États qui minent du Bitcoin est simple : utiliser des ressources énergétiques nationales (souvent hydroélectriques, parfois fossiles) pour générer un actif numérique qui peut être conservé en réserve ou vendu pour des devises. Pour les pays émergents confrontés à l’inflation monétaire et à la dépréciation de leur devise, le Bitcoin représente une alternative à la dépendance au dollar américain.
Selon le Hashrate Index, les pays pratiquant le mining étatique ou para-étatique ont vu leur hashrate croître malgré la contraction mondiale de 5,8 %. Le Kirghizstan affiche +300 % sur un an, le Paraguay +45 %, le Bhoutan +60 %. La corrélation n’est pas un hasard : les régulations claires et le soutien étatique attirent les capitaux là où d’autres pays offrent de l’ambiguïté.
La position : le mining d’État est un pari asymétrique rationnel, mais dangereux
Il faut le dire clairement : un petit pays qui utilise son surplus d’énergie renouvelable pour miner du Bitcoin fait un pari rationnel. Le coût marginal est faible (l’énergie serait perdue autrement), le potentiel de gain est significatif (si le cours monte), et la diversification de réserves nationales au-delà du dollar et de l’or est un objectif légitime de politique publique.
Mais ce raisonnement a une faille fondamentale : le Bitcoin est un actif volatile. Un État qui mine à 0,03 $/kWh est rentable quand le BTC est à 68 000 $. Il ne l’est plus si le cours tombe à 30 000 $ — scénario qui s’est déjà produit en 2022. Et contrairement à une entreprise privée qui peut faire faillite, un État qui engage des ressources publiques dans un actif en chute engage la confiance de ses citoyens.
Trois arguments qui structurent le débat
1. Le mining monétise l’énergie perdue. Le Kirghizstan, le Bhoutan et le Paraguay disposent d’excédents hydroélectriques saisonniers. Cette énergie, non stockable et non exportable, serait gaspillée sans le mining. Convertir ce surplus en Bitcoin est économiquement plus efficace que de le perdre. C’est l’argument le plus solide en faveur du mining d’État.
2. La souveraineté monétaire est un mythe si elle dépend du dollar. Pour des pays dont la devise nationale perd 10 à 20 % par an face au dollar (la somme kirghize a perdu 15 % sur 3 ans), accumuler un actif non-manipulable par une banque centrale étrangère est une stratégie de couverture. Le Bitcoin ne dépend ni de la Fed ni de la BCE — c’est son principal attrait pour les États émergents.
3. Le conflit d’intérêts État-régulateur / État-mineur est réel. Quand un État mine du Bitcoin et le régule simultanément, il a un intérêt financier direct à maintenir un cadre réglementaire favorable. Cela peut conduire à des distorsions : subventions énergétiques aux mines étatiques au détriment des citoyens, réglementations favorisant le mining au détriment de la transition écologique, ou encore manipulation des données de réserves souveraines.
L’objection principale : ce n’est pas de la souveraineté, c’est de la spéculation
Les critiques ont un argument percutant : le Salvador, premier pays à adopter le Bitcoin comme monnaie légale (2021), affiche un portefeuille de 6 000 BTC qui a fluctué entre +50 % et -40 % selon les périodes. Cette volatilité est acceptable pour un fonds d’investissement ; elle est problématique pour les finances d’un État dont les citoyens vivent avec 4 000 $ de revenu annuel.
De plus, le hashrate mondial est dominé par les États-Unis (37,4 %). Un petit pays comme le Kirghizstan, même avec +300 % de croissance, représente une fraction marginale du réseau. L’illusion de « souveraineté numérique » se heurte à la réalité d’un réseau largement contrôlé par des acteurs privés occidentaux.
L’enjeu réel
Le mining d’État n’est ni une solution miracle ni une folie. C’est un outil de politique publique parmi d’autres, dont la pertinence dépend du contexte : abondance d’énergie renouvelable, stabilité institutionnelle, capacité à absorber la volatilité sans mettre en danger les services publics. Les pays qui réussiront sont ceux qui traiteront le mining comme un programme d’investissement avec des limites de risque strictes — pas comme une idéologie.
FAQ
Combien de pays minent du Bitcoin de façon étatique en 2026 ?
Au moins cinq ont des opérations confirmées ou autorisées : le Salvador, le Bhoutan, le Kirghizstan, l’Iran et le Venezuela. Plusieurs autres (Paraguay, Éthiopie) ont des programmes en développement ou des partenariats public-privé impliquant le mining.
Le mining d’État menace-t-il la décentralisation du Bitcoin ?
Tant que le hashrate étatique reste minoritaire par rapport au hashrate privé (actuellement >90 % du total), le risque de centralisation est faible. Le danger théorique apparaîtrait si un État ou une coalition d’États contrôlaient plus de 51 % du hashrate — scénario jugé peu probable par les analystes.
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