- Solana à 117 Md$ de volume DEX : la rupture est structurelle
- Une domination structurelle, pas conjoncturelle
- De challenger à concurrent direct
- Les trois métriques qui valident la rupture
- Conséquences concrètes pour les acteurs
- Les arguments qui maintiennent Ethereum en position
- L’écosystème Jupiter et l’avantage protocolaire
- Comparaison avec les retournements de 2017 et 2021
- Et maintenant ?
- Six indicateurs à surveiller dans les 90 prochains jours
- FAQ
Solana à 117 Md$ de volume DEX : la rupture est structurelle
Points clés
- Volume DEX hebdomadaire Solana à 11,49 Md$ vs 7,62 Md$ pour Ethereum sur la semaine du 14 au 20 avril 2026
- Volume mensuel février 2026 : Solana à 117 Md$, Ethereum à 52 Md$, soit un écart de plus de 2x
- TVL Solana à 6,3 Md$ après l’exploit Drift, soit 11 % de la TVL Ethereum agrégée
- Frais moyens 12 cents sur Solana, 1,80 $ sur Ethereum L1, ratio frais/volume 2,9 fois inférieur
- Trois métriques structurelles confirment le décalage : profondeur carnet, ratio frais/volume, vélocité capital
Première semaine d’avril 2026. Sur le tableau de bord « DEX Volume by Chain » de Dune Analytics, un chiffre s’impose : Solana 11,49 milliards de dollars sur sept jours, Ethereum 7,62 milliards. Un écart de 51 % en faveur de la chaîne dirigée par Anatoly Yakovenko, qui débute pourtant avril sous le choc d’une attaque à 270 millions de dollars sur Drift Protocol. Le marché, lui, n’a pas attendu la conclusion de l’enquête forensic pour acter le basculement. Les volumes se sont déplacés vers Raydium, Orca et Phoenix dans la même journée. Pour la première fois, Solana ne dépasse plus Ethereum un mois exceptionnel. Elle l’écrase. Et ce, pendant quatre mois consécutifs.
Une domination structurelle, pas conjoncturelle
Notre thèse est simple : la victoire de Solana sur les volumes DEX en avril 2026 n’est pas un accident lié au cycle memecoin. Elle reflète une rupture structurelle dans l’expérience utilisateur on-chain, dans les coûts d’exécution et dans la composition du flow. Trois métriques le prouvent : la profondeur du carnet d’ordres sur les paires majors, le ratio frais/volume traité, et la part du retail dans le volume agrégé. Aucune des trois ne peut être inversée par un simple upgrade Ethereum à court terme.
De challenger à concurrent direct
Solana a démarré en mars 2020 avec un livre blanc d’Anatoly Yakovenko centré sur le Proof of History et un débit théorique de 65 000 TPS. Les premières années, le réseau accumule les pannes : sept incidents de plus de cinq heures entre 2021 et 2023, dont la coupure de 18 heures de septembre 2022 qui pousse Vitalik Buterin à qualifier publiquement Solana de « réseau jouet ». L’écosystème DeFi se concentre alors sur Ethereum L1 et ses premiers Layer 2.
Le tournant arrive avec la mise en production progressive de Firedancer, le client Solana développé par Jump Crypto. Entre janvier 2024 et octobre 2025, l’uptime moyen du réseau remonte au-dessus de 99,9 %. La phase finale, achevée en décembre 2025, atteint 100 % d’uptime sur quatre mois consécutifs avec des pics à 5 500 TPS soutenus, comme nous l’avons documenté dans notre analyse Firedancer 100 % uptime.
Sur Ethereum, la migration vers les Layer 2 a fonctionné mais à double tranchant. La TVL agrégée d’Arbitrum, Base et Optimism dépasse 36 milliards de dollars selon DefiLlama au 24 avril 2026. Toutefois, la fragmentation du flow entre L1 et L2 empêche les DEX historiques de retrouver leur masse critique d’avant 2022. Uniswap, Curve et Balancer voient leurs volumes L1 décroître depuis l’upgrade Dencun de 2024. La domination structurelle de Solana se construit sur ce trou d’air.
Le rôle des memecoins, à nuancer
L’argument fréquent : « Solana ne gagne que grâce aux memecoins ». La donnée le contredit partiellement. En février 2026, les paires SOL/USDC, JTO/USDC et JUP/USDC représentent ensemble 38 % du volume Solana, contre 22 % pour les paires liées aux memecoins. Le reste, soit 40 %, est constitué de paires utilitaires (RWA tokenisés, stablecoins natifs, dérivés perp) qui ressemblent au flow institutionnel observé sur Curve et Balancer en 2021. Le memecoin a servi de cheval de Troie. Il n’explique pas, à lui seul, le décalage de 51 %.
Les trois métriques qui valident la rupture
1. Profondeur du carnet d’ordres sur les paires majors
Sur la paire SOL/USDC chez Phoenix, la profondeur agrégée à plus ou moins 1 % du mid-price atteint 18,4 millions de dollars au 24 avril 2026, selon les données Kaiko. Sur l’équivalent ETH/USDC chez Uniswap v3 fee tier 5 bps, la profondeur tombe à 9,2 millions. L’écart s’explique par la concentration des market makers institutionnels (Wintermute, GSR, Flow Traders) sur Solana, attirés par les frais de transaction sub-cent et la latence de bloc à 400 ms. Ce signal compte : les paires Solana ne sont plus dominées par du retail volatile, mais par des market makers qui placent et retirent leurs ordres en continu.
2. Ratio frais payés sur volume traité
C’est la métrique la plus parlante. Selon DeFiLlama, sur la semaine du 14 au 20 avril 2026, les utilisateurs Solana ont payé 14,2 millions de dollars en frais de transaction pour 11,49 milliards de dollars de volume DEX. Soit un ratio de 0,124 %. Sur Ethereum L1, les frais cumulés s’élèvent à 27,8 millions pour 7,62 milliards de volume, soit 0,365 %. Solana est donc 2,9 fois moins chère pour exécuter le même volume. Pour un fonds quantitatif qui rebalance plusieurs fois par jour, l’arbitrage est mécanique. À volume égal, l’économie annuelle dépasse 30 millions de dollars sur un mid-cap fund.
3. Vélocité du capital et part retail
Glassnode publie chaque mois un indice de vélocité on-chain. En février 2026, la vélocité du capital sur Solana atteint 4,1 (chaque dollar tourne 4,1 fois par mois). Sur Ethereum L1, l’indice tombe à 1,8. Cette différence reflète à la fois la nature des cas d’usage (trading court terme, perpétuels, options) et la composition de la base utilisateur. Solana a dépassé 1,2 million d’adresses actives quotidiennes en février 2026 selon Artemis. Ethereum L1 plafonne à 480 000. Si l’on additionne les Layer 2, Ethereum repasse devant en utilisateurs (1,7 million toutes chaînes), mais la fragmentation rend ce chiffre moins comparable. Le volume DEX, lui, est un agrégat propre.
La TVL Solana reste un point faible
Le revers de la médaille : la TVL Solana est tombée à 6,3 milliards de dollars après l’exploit Drift Protocol du 1er avril 2026, qui a coûté 270 millions de dollars selon les premières estimations CoinDesk. Cela représente 11 % de la TVL agrégée Ethereum (L1 + L2). La domination en volume ne s’est donc pas encore traduite en lock-up structurel. Les utilisateurs viennent trader sur Solana, mais préfèrent encore stocker leur épargne sur Aave, Lido ou EigenLayer côté Ethereum. C’est une dissymétrie clé pour la suite.
Conséquences concrètes pour les acteurs
Pour les market makers et fonds quantitatifs
Trois fonds de market-making ont publiquement annoncé une réallocation 60/40 entre Solana et Ethereum début 2026 (Wintermute, Auros, Amber Group). Ce ratio s’inversait encore à 30/70 en faveur d’Ethereum début 2024. La conséquence directe : la liquidité s’épaissit côté Solana et s’amincit côté Ethereum L1, accélérant la dynamique. C’est un effet boule de neige classique.
Pour les développeurs DeFi
Les protocoles natifs Solana (Jupiter, Phoenix, Marginfi) attirent désormais des équipes qui auraient construit sur Arbitrum ou Base en 2023. Selon Electric Capital, le nombre de développeurs full-time actifs sur Solana a progressé de 47 % en 2025 (à 3 200 développeurs), contre 11 % pour l’écosystème Ethereum L1. Les Layer 2 Ethereum continuent de croître, mais la part de mindshare bascule.
Pour les utilisateurs retail
Pour un trader retail, la différence est palpable. Un swap moyen sur Jupiter coûte 12 centimes et s’exécute en moins d’une seconde. Sur Uniswap L1, le même swap coûte 1,80 dollar et prend entre 12 et 24 secondes selon la congestion. La friction cognitive disparaît. Pour découvrir comment naviguer entre ces écosystèmes en pratique, voir notre guide Uniswap pour débutants.
Pour les institutionnels en RWA
Le segment RWA reste majoritairement Ethereum (Ondo, Securitize, BlackRock BUIDL). Toutefois, Maple Finance a annoncé en mars 2026 un déploiement Solana pour ses pools de crédit privé. Si d’autres acteurs suivent, l’argument du « tier-1 institutional » d’Ethereum s’érode.
Les arguments qui maintiennent Ethereum en position
L’analyse mérite des nuances. Trois objections sérieuses tempèrent le tableau.
La sécurité économique
Ethereum sécurise environ 92 milliards de dollars en valeur stakée (32 millions d’ETH × 2 870 dollars). Solana, malgré 67 % de son offre stakée, plafonne à 47 milliards de dollars. Pour les actifs RWA et les transactions de plusieurs centaines de millions, cette différence reste discriminante. Les régulateurs européens (ESMA) ont d’ailleurs cité explicitement la valeur stakée comme critère dans leurs travaux sur les marchés de stablecoins MiCA-compliant.
La diversité de clients
Ethereum compte cinq clients d’exécution majeurs (Geth, Nethermind, Erigon, Besu, Reth) et quatre clients de consensus. Solana repose principalement sur deux clients : Agave et Firedancer. Une vulnérabilité critique sur Firedancer aurait un impact systémique difficilement comparable à un bug Geth.
Le risque de centralisation des validateurs
70 % des validateurs Solana actifs sont concentrés sur cinq fournisseurs cloud (AWS, Hetzner, Datapacket, OVH, Latitude.sh). Sur Ethereum, le top 5 plafonne à 38 %. Pour les institutionnels qui valorisent la résistance à la censure, cet écart compte. La roadmap Glamsterdam tente d’ailleurs de consolider cet avantage en réduisant les barrières d’entrée pour les solo stakers.
L’écosystème Jupiter et l’avantage protocolaire
Au-delà des trois métriques agrégées, la victoire de Solana sur les volumes DEX repose sur un acteur précis : Jupiter. L’agrégateur d’ordres natif Solana traite plus de 65 % du volume swap retail de la chaîne en avril 2026, selon les données publiées chaque semaine par son équipe sur Dune. Concrètement, la quasi-totalité des wallets retail (Phantom, Backpack, Solflare) routent leurs swaps via Jupiter par défaut. Cette concentration n’a pas d’équivalent direct sur Ethereum : 1inch, Matcha, CowSwap et Paraswap se partagent l’agrégation, et aucun ne dépasse 25 % de part de marché.
L’avantage est triple. Premièrement, Jupiter peut négocier des routes complexes (4 à 6 hops) sans pénaliser l’utilisateur sur les frais, parce que le coût marginal de chaque hop est négligeable sur Solana. Deuxièmement, Jupiter a lancé en novembre 2025 son module limit orders qui agrège la liquidité orderbook (Phoenix) et AMM (Raydium, Orca, Meteora) dans une même interface. C’est la première fois qu’un agrégateur public propose ce type d’exécution hybride à l’échelle. Troisièmement, JUP, le token natif, capture une partie de la valeur via un mécanisme de fee switch activé en mars 2026.
L’écosystème Solana a aussi internalisé certains rôles que l’écosystème Ethereum garde fragmentés. Phoenix gère un orderbook on-chain natif, ce qui permet aux market makers de poster des limit orders comme sur un CEX. Raydium fournit le AMM concentré, Orca l’AMM v2 généraliste, et Meteora la liquidité dynamique. Cet empilement vertical fluidifie le routing pour Jupiter, qui n’a pas à gérer les compromis liés aux sept types de pools différents qu’un agrégateur doit traiter sur Ethereum.
Comparaison avec les retournements de 2017 et 2021
Les retournements de chaîne sont rares mais pas inédits. Deux précédents méritent d’être rappelés pour replacer la séquence Solana dans son contexte historique.
2017 — Bitcoin contre Ethereum. Au pic de janvier 2018, le ratio de capitalisation Bitcoin/Ethereum est tombé à 2,1 (BTC à 17 000 dollars, ETH à 1 380 dollars). Beaucoup d’analystes annonçaient le « flippening » imminent. La séquence s’est inversée en quelques semaines avec le crash post-ICO et la régulation SEC sur les tokens. Leçon : les retournements de mindshare précèdent rarement de longs retournements de capital. La domination de Bitcoin sur la valeur stockée est restée intacte, malgré la nouveauté technologique d’Ethereum.
2021 — BNB Chain contre Ethereum. En mai 2021, BNB Chain (alors BSC) dépassait Ethereum sur les transactions quotidiennes (4 millions vs 1,4 million) et le nombre d’utilisateurs actifs. Le narratif Ethereum killer culminait alors. Trois ans plus tard, la TVL BNB Chain plafonne à 4 milliards de dollars contre 56 milliards pour Ethereum L1. Le décalage utilisation/capital a fini par se résorber au profit d’Ethereum, parce que la sécurité économique et la composabilité des protocoles ont primé sur les frais bas.
La séquence Solana 2026 présente une différence majeure avec ces deux précédents : le décalage volume/TVL n’est pas dû à un narratif marketing mais à une amélioration mesurable de l’expérience utilisateur (frais, latence, uptime). Les market makers institutionnels ne sont pas attirés par une promesse, ils suivent la rentabilité d’arbitrage. Cette base est plus solide qu’en 2017 et 2021. Pour autant, le scénario d’une régression vers la moyenne reste possible, surtout en cas d’incident sécurité majeur ou de désintérêt institutionnel.
Et maintenant ?
Trois scénarios à 12 mois. Premier scénario (probabilité estimée 50 %) : Solana consolide son avance en volume DEX et reprend du terrain sur la TVL grâce à l’arrivée de protocoles RWA hybrides. Le ratio TVL passerait à 18 % d’ici T2 2027. Deuxième scénario (30 %) : Ethereum reprend la main grâce à Glamsterdam et à une simplification de l’expérience cross-L2 portée par Etherspot et le compte ERC-4337. Troisième scénario (20 %) : un événement majeur (exploit Firedancer, sanction OFAC sur un validateur cloud) brise la dynamique Solana et redirige le flow vers Base et Arbitrum.
Pour les investisseurs, l’enseignement opérationnel est clair : l’allocation 100 % Ethereum héritée de 2021 n’est plus défendable. Une exposition équipondérée Solana/Ethereum/Layer 2 reflète mieux la réalité du marché actif au 25 avril 2026.
Six indicateurs à surveiller dans les 90 prochains jours
Pour valider ou invalider la thèse de la rupture structurelle, six signaux méritent un suivi rapproché entre fin avril et fin juillet 2026.
1. Évolution du ratio TVL Solana sur Ethereum. Le ratio actuel de 11 % doit progresser au-dessus de 14 % pour valider l’hypothèse d’un transfert structurel d’épargne. En dessous de 9 %, le scénario d’un retour à la moyenne se renforce.
2. Volume des stablecoins natifs USDC sur Solana. Circle a accéléré l’émission USDC sur Solana à plus de 6 milliards de dollars en avril 2026. Si ce stock dépasse 8 milliards d’ici fin juin, l’argument du tier-1 institutional bascule mécaniquement.
3. Décisions des protocoles RWA. Le déploiement de Maple sur Solana est un test grandeur nature. Si Ondo, Centrifuge ou BlackRock BUIDL annoncent un déploiement Solana avant fin juin, le segment RWA bascule, ce qui constituerait un signal fort.
4. Roadmap Glamsterdam. Le délai de livraison de l’upgrade Ethereum impacte directement la compétitivité L1. Si Glamsterdam est repoussé au-delà de T4 2026, l’écart en volume DEX se creusera mécaniquement.
5. Évolution du staking ETH. Le ratio ETH staké sur circulation se stabilise à 28 %. Une hausse au-delà de 32 % réduirait l’offre liquide ETH et soutiendrait son prix relatif vis-à-vis de SOL.
6. Sécurité opérationnelle Solana. Le réseau a subi l’exploit Drift le 1er avril, soit un signal d’alerte. Un second incident majeur dans les 90 jours suivants suffirait à inverser le narratif et à pousser les market makers à réallouer vers Ethereum L2.
Ces six indicateurs sont accessibles publiquement via DefiLlama, Artemis, Dune Analytics et les communiqués officiels des protocoles concernés. Les surveiller tous les 15 jours suffit à maintenir une lecture à jour du basculement, sans tomber dans le bruit court terme. Pour les investisseurs, c’est le minimum syndical pour ajuster une allocation Solana/Ethereum/Layer 2 sans dépendre des narratifs sociaux.
FAQ
Solana est-elle déjà devant Ethereum sur tous les indicateurs ?
Non. Solana mène sur le volume DEX, les utilisateurs actifs quotidiens et les frais cumulés. Ethereum reste largement devant sur la TVL, la valeur stakée et la diversité des clients. Le débat ne porte plus sur « qui est devant » mais sur quel indicateur compte le plus pour quel cas d’usage.
Le retournement peut-il s’inverser rapidement ?
Une vulnérabilité critique sur Firedancer ou un nouvel exploit majeur pourraient redistribuer les cartes en 30 jours. La concentration des validateurs sur cinq fournisseurs cloud constitue un point de fragilité documenté.
L’arrivée de l’ETF Solana impacte-t-elle le volume DEX ?
Indirectement. L’arrivée de l’ETF Solana spot (BSOL) en mars 2026 a apporté 1,5 milliard de dollars d’inflows, alimentant la liquidité des paires SOL/USDC et tirant les volumes DEX vers le haut.
Faut-il abandonner Ethereum dans son portefeuille ?
Non. Ethereum reste la chaîne dominante pour la TVL, le staking et le RWA institutionnel. La question n’est pas « ou bien l’un, ou bien l’autre », mais « dans quelles proportions selon votre profil ».




