Opinion & Édito

11 % des Français détiennent des cryptos : pourquoi si peu ?

Seuls 11 % des Français possèdent des cryptomonnaies en 2026, contre 20 % aux Pays-Bas. Analyse des freins culturels, fiscaux et bancaires.

Tirelire en céramique sur une table de café française avec des pièces dorées

Points clés

  • 11 % des Français détiennent des cryptomonnaies en 2026, contre 20 % aux Pays-Bas et 17 % en Allemagne.
  • 93 % des Français connaissent les cryptos, mais la conversion en investisseurs stagne.
  • La flat tax à 31,4 % depuis janvier 2026 alourdit le fardeau fiscal par rapport aux voisins européens.
  • BNP Paribas teste un service de détention crypto pour ses clients depuis avril 2026.

Un paradoxe français

Voici un chiffre qui devrait interpeller : 93 % des Français savent ce qu’est une cryptomonnaie, mais seuls 11 % en possèdent. Ce ratio connaissance/adoption est l’un des plus déséquilibrés d’Europe. Aux Pays-Bas, 20 % de la population détient des cryptos. En Allemagne, 17 %. Au Royaume-Uni, 16 %. La France, pourtant troisième économie de la zone euro et berceau de MiCA côté régulation, reste à la traîne. Le baromètre Adan 2026 confirme une progression d’un seul point par rapport à 2025. À ce rythme, la France atteindra le niveau actuel des Pays-Bas en 2035.

Constat : trois freins structurels

Le premier frein est fiscal. Depuis janvier 2026, la flat tax crypto est passée à 31,4 % en France. À titre de comparaison, le Portugal applique un taux de 28 % avec des exemptions pour les détentions longues, et le Japon s’apprête à descendre à 20 %. Quand la fiscalité punit la détention, l’adoption stagne — c’est mécanique.

Le deuxième frein est culturel. L’épargne française reste massivement orientée vers le Livret A (400 milliards d’euros d’encours en 2025) et l’assurance-vie. Selon l’AMF, 67 % des Français considèrent les cryptos comme « très risquées », contre 48 % des Allemands. Cette aversion au risque, ancrée dans la culture financière nationale, ne se résout pas par la seule éducation.

Le troisième frein est l’accès bancaire. Jusqu’en 2026, aucune grande banque française ne proposait de service crypto intégré. Résultat : investir en crypto nécessitait d’ouvrir un compte sur une plateforme spécialisée — un pas que la majorité des épargnants français ne franchit pas.

Thèse : le problème n’est pas l’ignorance, c’est l’infrastructure

La France n’a pas un problème de connaissance crypto. Elle a un problème d’infrastructure d’accès et d’incitation fiscale. La preuve : 30 % des Français déclarent vouloir investir dans les cryptos selon Ipsos, et 64 % seraient prêts à payer en crypto. La demande latente existe. C’est l’offre — bancaire, fiscale, réglementaire — qui ne suit pas.

Trois arguments pour un virage

Premier argument : BNP Paribas a lancé en avril 2026 un pilote permettant à ses clients de détenir des cryptos directement via leur compte bancaire. Si ce service se généralise à la Société Générale, au Crédit Agricole et aux banques en ligne, la barrière d’accès disparaît pour 40 millions de clients bancaires français. L’effet pourrait être comparable à l’arrivée des ETF Bitcoin aux États-Unis en 2024 : l’enveloppe familière démocratise l’actif.

Deuxième argument : le cadre MiCA, dont la France est l’un des architectes, entre dans sa phase d’application complète. Les PSAN (Prestataires de Services sur Actifs Numériques) agréés offrent désormais un cadre de protection comparable à celui des banques. L’argument « c’est le Far West » perd de sa force.

Troisième argument : la démographie joue en faveur de l’adoption. Les 18-34 ans représentent 60 % des détenteurs français de cryptos selon Adan. À mesure que cette génération hérite et accumule du capital, la part des cryptos dans le patrimoine national augmentera mécaniquement — avec ou sans réforme fiscale.

L’objection : et si les Français avaient raison d’être prudents ?

On pourrait argumenter que la prudence française est rationnelle. Le marché crypto a perdu 65 % de sa valeur en 2022, et les rendements DeFi sont passés sous les taux bancaires pour certains protocoles. Mais cet argument confond timing et conviction. L’épargnant qui a acheté du Bitcoin à n’importe quel moment avant 2024 est aujourd’hui en plus-value. La volatilité est un coût d’entrée, pas un argument d’exclusion permanente.

Un retard qui se comble — trop lentement

La France a les régulateurs, les ingénieurs blockchain et la demande latente pour devenir un leader européen de la crypto. Ce qui manque, c’est la volonté politique de créer un cadre fiscal compétitif et la décision des banques de traiter les cryptos comme un actif standard. BNP Paribas a ouvert la voie. Les autres suivront — ou la France restera spectatrice d’une transformation financière qu’elle a contribué à réguler sans y participer pleinement.

FAQ

Combien de Français possèdent des cryptomonnaies en 2026 ?

Environ 11 % de la population française, soit environ 7,3 millions de personnes, selon le baromètre Adan 2026. Ce chiffre progresse d’un point par an depuis 2024.

Pourquoi la France est-elle en retard par rapport aux Pays-Bas ?

Trois facteurs principaux : une fiscalité plus lourde (31,4 % contre des régimes plus favorables), une culture d’épargne orientée vers les produits garantis (Livret A, assurance-vie), et l’absence historique d’offre crypto dans les banques traditionnelles.

Avertissement : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un conseil en investissement. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte en capital.
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La Plume
Chroniqueuse et essayiste, Nadia Rousseau apporte un regard acéré sur l'écosystème crypto. Ancienne journaliste économique, elle questionne les promesses de la décentralisation, interpelle les acteurs du marché et ouvre les débats qui comptent. Ses éditos du dimanche sont un rendez-vous incontournable.