Opinion & Édito

Glamsterdam : la roadmap Ethereum manque de souffle

Glamsterdam promet 10 000 TPS et -78 % de gas, mais l'Ethereum Foundation avance en réacteur éteint. Trois signaux confirment que l'ambition s'effrite.

Points clés

  • Glamsterdam vise 10 000 TPS et une baisse de 78 % du gas, pour une activation prévue en juin 2026.
  • Le calendrier glisse déjà : plusieurs développeurs évoquent Q3 ou Q4 2026.
  • EIP-7732 (ePBS) centralise la production de blocs chez quelques builders.
  • La fragmentation L2 n’est pas résolue par l’upgrade : elle devient structurelle.
  • Ethereum perd du terrain face à Solana et Hyperliquid sur les usages à forte valeur ajoutée.

Ethereum avance en marche arrière, et ses partisans refusent de l’admettre. Glamsterdam devait relancer la machine. En l’état, l’upgrade ressemble davantage à un plan de sauvetage qu’à une démonstration de force.

Le constat : beaucoup promis, peu livré

Glamsterdam est présenté comme le plus gros upgrade Ethereum depuis The Merge. Sur le papier, l’Ethereum Foundation annonce 10 000 TPS et une réduction de 78 % des frais de gas. Deux EIP porteurs structurent la feuille de route : EIP-7732, qui enchâsse dans le protocole la séparation proposer-builder, et EIP-7928, qui introduit les block-level access lists. La cible de mainnet était fixée à juin 2026, après les derniers tests sur Hoodi et Holesky.

Sauf que le calendrier dérape. Plusieurs core devs, dont Tim Beiko et Ansgar Dietrichs, évoquent désormais un glissement vers Q3 voire Q4 2026. La complexité d’interaction entre ePBS et les BAL n’a jamais été testée à l’échelle mainnet. The Block rappelle que le hard fork Fusaka de décembre 2025 avait déjà pris deux mois de retard. Pendant ce temps, Solana encaisse 5 500 TPS en production, Hyperliquid absorbe des pics à 170 000 ordres par seconde, et les rollups cumulent 12 chaînes incompatibles entre elles. La référence n’est plus Ethereum.

Thèse : l’ambition cède à la prudence institutionnelle

La thèse de cet édito est assumée : Glamsterdam n’est pas une accélération, c’est une rationalisation. L’upgrade règle des dettes techniques contractées depuis Dencun, mais n’invente rien. Dans le même temps, les concurrents réécrivent les règles du scaling on-chain. Le risque n’est plus technique, il est narratif : Ethereum cesse d’être la chaîne où l’on construit pour devenir la chaîne où l’on attend. Trois signaux confirment ce diagnostic.

Argument 1 : ePBS recentralise ce qu’elle prétend décentraliser

EIP-7732 est vendu comme un progrès démocratique : en enchâssant la séparation proposer-builder, Glamsterdam limite le pouvoir des validateurs sur le séquencement. En pratique, la mesure déplace la rente, elle ne la supprime pas. Un papier académique de janvier 2026 signé par des chercheurs de Chorus One et de l’université de Chicago démontre qu’en présence de MEV, ePBS « amplifie significativement la concentration du profit et du contenu » au profit d’une poignée de builders ayant accès aux private order flows.

Concrètement, trois acteurs — Titan Builder, Beaverbuild et rsync — capturent déjà plus de 80 % des blocs MEV-Boost. ePBS rend ce monopole structurel. Le discours officiel parle de neutralité ; la réalité dessine une chaîne où les blocs sont vendus aux enchères entre les mêmes trois entreprises. Et il ne s’agit pas d’un dérapage temporaire : le private order flow est un avantage compétitif qui s’entretient et se renforce avec chaque trade exécuté.

Argument 2 : la fragmentation L2 est devenue une impasse

La roadmap rollup-centric a produit un écosystème de 43 L2 EVM, selon L2Beat. Chacun avec son pont, sa liquidité, son token, ses wallets compatibles. Optimism, Arbitrum, Base, Scroll, Linea, Taiko, zkSync, Polygon zkEVM : l’utilisateur final doit bridger, vérifier, retransférer. Glamsterdam n’adresse ce problème qu’à la marge. L’EIP-7805 ouvre une brique d’interopérabilité mais repousse à Hegotá, prévu fin 2026, l’arrivée des native interop qui fluidifieraient réellement les transferts.

Pendant ce temps, Solana fait l’inverse : une chaîne unique, 5 500 TPS, un seul pont vers l’écosystème multichain et une finalité sous la seconde. Hyperliquid a choisi de bâtir son propre L1 pour échapper à la fragmentation. Ces deux trajectoires ne sont pas anecdotiques : elles expriment un refus architectural du modèle rollup. Ethereum a théorisé le scaling horizontal ; ses concurrents ramènent l’utilisateur vers le scaling vertical et capturent les usages à forte densité. Notre analyse Ethereum Q1 2026 : 284 000 utilisateurs et 200 M de transactions montre d’ailleurs que la croissance utilisateurs d’Ethereum mainnet est en palier, quand Solana continue de doubler.

Argument 3 : la roadmap est trop chargée pour les équipes clients

Glamsterdam embarque 12 EIP majeurs. Hegotá, prévu dans la foulée, en porterait 14. À ce rythme, les clients principaux (Geth, Nethermind, Erigon, Besu) peinent à suivre. Geth a annoncé un gel partiel de ses contributions externes en février 2026 pour concentrer ses ressources sur Glamsterdam. Nethermind et Besu ont réduit leurs équipes de testing de 20 %. Le résultat est mécanique : la qualité d’exécution baisse, les bugs remontent plus tard, les testnets révèlent des problèmes de plus en plus tardivement dans le cycle.

Cette pression calendaire explique le recours croissant aux shadow forks et aux devnets privés, qui masquent l’ampleur des refactorings nécessaires. La gouvernance EF, centralisée dans les mains d’une poignée de core devs, n’arbitre pas entre les priorités : elle les empile. Sans discipline, Glamsterdam risque de devenir le Merge de trop.

Objection : et si Ethereum gagnait la guerre longue ?

Les défenseurs de la roadmap rétorquent qu’Ethereum ne joue pas la même partie que Solana. Sa valeur tient à la crédibilité de son settlement layer, à sa décentralisation validateur (plus de 1 000 entités actives) et à la profondeur de son écosystème DeFi (80 milliards de dollars de TVL selon DefiLlama). L’argument n’est pas absurde. BlackRock n’a pas tokenisé BUIDL sur Solana. Les protocoles RWA institutionnels — Ondo, Maple, Centrifuge — restent majoritairement sur Ethereum mainnet.

Reste que cette position défensive finit par se retourner. Plus Ethereum se pose en chaîne de confiance à basse vitesse, plus les usages à forte valeur ajoutée migrent. Le trading perp est parti chez Hyperliquid. Le trading spot retail bascule vers Solana, qui traite désormais plus de volume DEX qu’Ethereum. Les stablecoins transactionnels dérivent vers Tron, Base et Solana. La thèse « Ethereum gagne la guerre longue » est compatible avec une érosion continue de sa part de marché. Ce n’est pas une victoire, c’est une résignation. Notre dossier Ratio ETH/BTC à 0,0313 : altseason ou faux signal ? montre que le marché l’a déjà en partie intégré.

Appel : il est temps de choisir la vitesse

Glamsterdam doit être l’occasion pour l’Ethereum Foundation de trancher : ou bien la chaîne accepte de devenir un settlement layer austère et concentré sur la sécurité, ou bien elle reprend l’initiative sur le scaling L1. Les deux stratégies sont défendables. L’hybride actuel ne l’est pas. Empiler des EIP et repousser les arbitrages ne compense pas un projet concurrent cohérent. Si Hegotá arrive en retard et sans effet macro visible sur les frais, la prime de confiance qui justifie la valorisation d’ETH sera mise à l’épreuve. Il n’est plus temps d’attendre Fusaka, Glamsterdam ou Hegotá. Il est temps de choisir. À lire aussi, notre dossier Hegotá : Ethereum installe un cycle d’upgrade biannuel.

FAQ

Glamsterdam va-t-il faire baisser les frais de gas pour les utilisateurs finaux ?

Mécaniquement oui, via l’augmentation des blobs et l’arrivée de BAL. La promesse affichée est de 78 % de baisse sur le long terme. En pratique, l’effet dépendra de l’adoption par les rollups et du volume d’échanges. La baisse réelle pourrait être plus modeste les premiers mois.

Faut-il vendre ses ETH avant Glamsterdam ?

Certains analystes estiment que la narrative négative est déjà intégrée dans le ratio ETH/BTC. D’autres jugent qu’un retard supplémentaire déclencherait une capitulation. L’édito ne donne pas de conseil d’investissement : la prudence consiste à ne pas concentrer tout son portefeuille sur un seul scénario d’upgrade.

Avertissement : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent en aucun cas un conseil en investissement. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte en capital.
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La Plume
Chroniqueuse et essayiste, Nadia Rousseau apporte un regard acéré sur l'écosystème crypto. Ancienne journaliste économique, elle questionne les promesses de la décentralisation, interpelle les acteurs du marché et ouvre les débats qui comptent. Ses éditos du dimanche sont un rendez-vous incontournable.