Le 23 septembre 2026, Solana a annoncé que la SEC venait d’émettre un ordre d’une durée de cinq ans autorisant l’échange d’actions tokenisées aux États-Unis sur des blockchains publiques et sans permission S1. Pour le lecteur francophone, l’enjeu dépasse l’annonce : il s’agit de comprendre ce que le régulateur américain a réellement autorisé, ce que cela permet concrètement sur Solana, et où s’arrêtent les promesses. Précision d’emblée : la source principale est une communication de Solana elle-même, pas une analyse indépendante du texte réglementaire.
Cadre réglementaire : un nouveau type de lieu d’échange
Selon Solana, l’ordre de la SEC crée une catégorie inédite de plateforme, le « Tokenized Securities Venue », qui met en relation acheteurs et vendeurs via des pools de type AMM, sans que la plateforme ait à s’enregistrer comme bourse d’actions S1. Ce lieu est exempté de la définition d’« exchange » au sens de l’Exchange Act, ce qui a une conséquence directe : la Regulation NMS ne s’y applique pas, donc ni règle de trade-through, ni pas de cotation au centime, ni collecte des cotations S1.
La portée temporelle compte : il s’agit d’un ordre limité à cinq ans, non d’une réforme permanente du droit boursier américain S1. Nous avions déjà décrit le principe de cette exemption d’innovation et ses horizons de 12 à 36 mois dans notre article Innovation Exemption SEC : 12 à 36 mois pour les tokens on-chain ; l’annonce du 23 septembre en est, d’après Solana, la concrétisation pour les actions.
Usages concrets sur Solana
D’après la même annonce, les transactions se règlent directement onchain, les pools fonctionnent en continu, les actions peuvent être fractionnées et l’actif de contrepartie peut être un stablecoin de paiement S1. Les investisseurs conservent les tokens dans leurs propres portefeuilles S1.
| Élément | Marché boursier classique (lecture simplifiée) | Tokenized Securities Venue selon Solana S1 |
|---|---|---|
| Horaires | Séances encadrées | Pools en continu |
| Règlement | Chaîne d’intermédiaires | Onchain |
| Fraction d’action | Selon le courtier | Prévue nativement |
| Garde | Compte-titres chez un intermédiaire | Portefeuille de l’investisseur |
Exemple fictif pour fixer les idées : une épargnante souhaite acheter pour l’équivalent de 40 dollars d’une action cotée à 300 dollars un dimanche soir. Dans le schéma décrit par Solana, elle échangerait un stablecoin contre une fraction de token d’action via un pool, et détiendrait ce token dans son portefeuille. Ce scénario est illustratif et ne préjuge pas de l’éligibilité réelle d’un résident français.
Côté développeurs, Solana met en avant sa plateforme SDP, présentée comme permettant de lancer des actifs tokenisés conformes, avec permissions et confidentialité intégrées, sur les dépôts, les stablecoins et les actifs du monde réel S3. L’éditeur affirme aussi que SDP fonctionne de base avec des outils de codage assistés par IA comme Claude Code et Codex S3. Ces descriptions restent des documents produits par Solana, sans test indépendant. Le mouvement institutionnel avait déjà été abordé dans Project Harmonia : les fonds institutionnels tokenisés arrivent sur Solana.
Limites, éligibilité et précautions
Première limite : l’ordre vise les échanges « aux États-Unis » S1. Rien dans les éléments fournis ne précise l’accès des investisseurs européens, ni les obligations fiscales ou déclaratives applicables. Deuxième limite : l’absence de Regulation NMS signifie l’absence des protections qu’elle organise, comme la règle de trade-through S1 ; un pool AMM n’offre pas la garantie de meilleure exécution d’un marché réglementé. Troisième limite : la durée de cinq ans laisse ouverte la question de ce qui suivra S1.
L’auto-conservation déplace enfin la responsabilité vers l’utilisateur. Solana recommande de choisir un portefeuille, de comprendre le fonctionnement du SOL et des frais, et de construire des habitudes de signature plus sûres S2. Concrètement, il faut vérifier phrases secrètes, liens, approbations et connexions aux applications avant de signer régulièrement S2.
Action utile : avant tout achat d’action tokenisée, identifiez l’émetteur du token, vérifiez si la plateforme est bien un lieu couvert par l’ordre de la SEC, testez vos habitudes de signature avec un montant minime, et attendez une lecture indépendante du texte réglementaire plutôt que la seule annonce de l’éditeur.
