- Points clés
- Un jour de printemps où Ethereum a pris la maison
- Thèse : Ethereum est devenu le SWIFT crypto, et c’est irréversible
- Contexte historique : trois ans de pente douce
- Analyse technique : ce que disent les chiffres
- Impact terrain : ce que ça change pour les utilisateurs
- Perspectives contradictoires : le flippening inversé guette-t-il ?
- Prospective : 850 milliards à horizon 2030, sous conditions
- FAQ
Points clés
- Le stablecoin supply sur Ethereum atteint 180 Md$ le 7 avril 2026, un record absolu selon Token Terminal.
- Ethereum capte 60 % du marché global des stablecoins, contre 315 Md$ toutes chaînes confondues.
- USDT pèse 80,7 Md$ (44,7 %) et USDC 51,8 Md$ (28,7 %) du total sur Ethereum.
- Croissance de 150 % depuis début 2023, de 127 Md$ à 180 Md$.
- Projection Token Terminal : 850 Md$ de flux entrants sur Ethereum d’ici 2030.
Un jour de printemps où Ethereum a pris la maison
Le 7 avril 2026, un tableau de bord de Token Terminal a franchi une ligne qu’aucun concurrent n’avait approchée : 180 milliards de dollars de stablecoins vivaient désormais sur Ethereum. À l’heure où Bitcoin absorbait les flux ETF et où Solana multipliait les records de TPS grâce à Firedancer, Ethereum a cimenté sans bruit sa position de couche de règlement dollar du monde on-chain. Ce chiffre n’est pas seulement un ATH technique. C’est un verdict sur l’architecture gagnante pour le transport de valeur numérique libellée en dollars.
Thèse : Ethereum est devenu le SWIFT crypto, et c’est irréversible
Les réseaux rapides attirent les traders. Les réseaux régulés attirent les émetteurs. Les réseaux liquides attirent les deux. Ethereum a gagné la course non par la vitesse, mais par l’effet de réseau : USDT, USDC, PYUSD, USDe et FDUSD y coexistent, avec les plus grands market makers et les plus grands prêteurs. Cette densité produit un coût de bascule si élevé qu’aucune chaîne concurrente ne peut l’éroder par le prix seul.
Contexte historique : trois ans de pente douce
Fin 2022, le stablecoin supply sur Ethereum oscillait autour de 65 milliards de dollars. Le chiffre a été divisé par deux par rapport au pic de 2021, conséquence directe de l’effondrement de Terra UST et du retrait progressif de Binance USD (BUSD) imposé par la SEC. La chaîne était alors concurrencée par Tron, qui captait massivement USDT pour les flux retail en Asie et au Moyen-Orient.
Le point de bascule intervient en 2024. Circle déplace une partie significative de l’offre USDC vers Ethereum après la faillite de Silicon Valley Bank et sécurise ses réserves chez BlackRock via le fonds BUIDL tokenisé. Tether, resté historiquement majoritaire sur Tron, décide fin 2024 de renforcer sa présence sur Ethereum pour accompagner les produits dérivés institutionnels en Europe post-MiCA. PayPal lance PYUSD sur Ethereum dès le départ.
En septembre 2025, le supply franchit 166 milliards selon Token Terminal. Au premier trimestre 2026, Ethereum enregistre 284 000 nouveaux utilisateurs et 200 millions de transactions, comme le détaille notre bilan Q1 2026. Le 7 avril 2026, les 180 milliards sont franchis, marquant une croissance de 150 % sur trois ans.
Analyse technique : ce que disent les chiffres
Ventilation par émetteur
USDT de Tether pèse 80,7 milliards de dollars sur Ethereum, soit 44,7 % du total du réseau. USDC de Circle suit avec 51,8 milliards, soit 28,7 %. Viennent ensuite DAI (9 Md$), PYUSD (4,8 Md$), FDUSD (4,2 Md$), USDe (3,9 Md$) et TUSD (2,1 Md$). Les 23,5 Md$ restants sont répartis entre une dizaine d’émetteurs spécialisés (LUSD, crvUSD, GHO, FRAX).
Part de marché inter-chaînes
Le supply global toutes chaînes atteint 315 milliards de dollars début avril 2026 selon les agrégateurs. Tron en détient environ 79 milliards (25 %), Solana 28 milliards (8,9 %), BNB Chain 11 milliards (3,5 %), et les autres L2 Ethereum et L1 alternatives se partagent le solde. En un an, Ethereum est passée de 54 % à 60 % de parts de marché, Tron a reculé de 28 % à 25 %.
Comportement des flux on-chain
Les données de Glassnode indiquent que 61 % de l’USDT et 74 % de l’USDC sur Ethereum transitent hebdomadairement par au moins un protocole DeFi (swap, prêt, staking). Le reste dort dans des wallets exchange. Ce ratio d’activité, deux à trois fois supérieur à celui de Tron, explique pourquoi les volumes on-chain sur Ethereum éclipsent désormais ceux de ses concurrents malgré un débit brut inférieur.
Profondeur DeFi
La liquidité des paires stablecoin/stablecoin sur Ethereum dépasse 12 milliards de dollars de TVL cumulé (Curve, Uniswap V4, Balancer). Aucune autre chaîne n’atteint le milliard. C’est ce matelas qui permet aux market makers institutionnels d’arbitrer des tickets de 50 millions de dollars sans slippage significatif.
Impact terrain : ce que ça change pour les utilisateurs
Pour les traders, la concentration des stablecoins sur Ethereum signifie des spreads plus serrés et une exécution plus fiable sur les DEX majeurs. Les opérateurs de market making institutionnels comme Jane Street, Wintermute et Cumberland font désormais leurs grosses exécutions on-chain sur Ethereum ou ses L2, plus sur les chaînes concurrentes.
Pour les protocoles DeFi, l’effet est cumulatif. Aave, Morpho, Spark et Compound attirent les stablecoins vers leurs pools de prêt, qui génèrent à leur tour des rendements supérieurs grâce à la demande d’emprunt. Le taux moyen de prêt USDC sur Aave Ethereum tourne autour de 5,8 % en avril 2026 contre 2,4 % sur Polygon et 3,1 % sur Base. La liquidité attire la liquidité.
Pour les issuers de tokens réels (RWA), Ethereum reste la chaîne privilégiée pour tokeniser des Treasuries, du crédit privé et de l’immobilier. Notre comparatif Ondo, Maple et Centrifuge montre que 83 % des encours RWA se règlent en USDC ou USDT Ethereum.
Pour les régulateurs, la concentration simplifie la supervision : viser Ethereum, c’est viser l’écosystème. À l’inverse, elle crée un risque systémique qu’aucune autorité n’a encore complètement modélisé. Le CLARITY Act américain, que nous avions analysé en détail, ajoute une contrainte forte en bannissant le yield sur stablecoins.
Perspectives contradictoires : le flippening inversé guette-t-il ?
Plusieurs analystes nuancent la victoire d’Ethereum. Ryan Watkins, cofondateur de Syncracy Capital, rappelle que le nombre absolu d’utilisateurs quotidiens actifs reste supérieur sur Tron et Solana : « La domination en supply ne signifie pas la domination en paiements ». La thèse du flippening inversé, où une L1 à bas coût viendrait capter les flux retail massifs, garde des partisans. Le Tron bangla-chinois de Justin Sun conserve un usage exceptionnel en transferts remittance.
Deuxième contre-argument : le déplacement vers les Layer 2 d’Ethereum (Arbitrum, Base, OP Mainnet, Linea) réduit mécaniquement le supply visible sur le mainnet. Début 2026, environ 14 milliards de stablecoins vivent déjà sur ces L2, comptés séparément. Le total Ethereum + L2 dépasse alors 194 milliards, mais la fragmentation peut à terme diluer la liquidité principale. Les équipes de Uniswap Labs travaillent sur un pool unifié via Across et Superchain Interop pour maintenir la cohérence.
Enfin, la régulation européenne MiCA pourrait rebattre les cartes en 2027. Si les ART (asset-referenced tokens) et EMT (electronic money tokens) issus de banques européennes prennent de la place, une partie des flux pourrait migrer vers des réseaux permissionnés comme Clearstream D7 plutôt que rester sur Ethereum public.
Prospective : 850 milliards à horizon 2030, sous conditions
Token Terminal projette 1 700 milliards de dollars de flux stablecoin entrants toutes chaînes d’ici 2030. En postulant une baisse progressive de la part d’Ethereum de 60 % aujourd’hui à 50 % à cette échéance, soit 850 milliards captés. Le scénario suppose trois conditions : une résolution pérenne du CLARITY Act américain sur le yield, la montée en puissance des RWA tokenisés, et l’absence de crise de confiance majeure sur USDT ou USDC.
À plus court terme, Ethereum devra absorber la pression des fees lors des pics d’activité. Les frais moyens sont redescendus à 0,8 $ après Pectra et Glamsterdam, un plus bas depuis 2019, mais les mauvais jours restent à 5-7 $. Les utilisateurs retail continueront d’arbitrer vers les L2 ou Solana pour les petits transferts. La bataille de la couche applicative n’est pas terminée.
FAQ
Pourquoi Ethereum attire-t-il autant de stablecoins ?
Trois facteurs : la profondeur de la liquidité DeFi (plus de 12 milliards de TVL sur Curve, Uniswap V4 et Balancer), la concentration des issuers régulés (Circle, Tether, PayPal), et l’effet de réseau auprès des market makers institutionnels. Les concurrents offrent des frais plus bas, mais aucun n’égale la densité d’infrastructure.
Tron ne va-t-il pas reprendre la tête à terme ?
Tron conserve un avantage structurel sur les transferts retail en Asie et Afrique grâce à ses frais très bas. Mais Ethereum a creusé l’écart sur les flux institutionnels, tokenisés et DeFi. Un retour de Tron en tête du supply global semble peu probable sans changement réglementaire majeur.
Les Layer 2 comptent-ils dans le chiffre de 180 Md$ ?
Non. Les 180 milliards correspondent au mainnet Ethereum seul selon la méthodologie Token Terminal. Les L2 Arbitrum, Base, Optimism et Linea cumulent environ 14 milliards supplémentaires. En consolidé, l’écosystème Ethereum dépasse 194 milliards de dollars.
Quels sont les risques de cette concentration ?
Le principal risque est systémique : une faille majeure sur un stablecoin dominant (USDT ou USDC) contaminerait immédiatement l’ensemble du DeFi Ethereum. Les régulateurs internationaux surveillent étroitement les réserves de Tether et Circle. Un second risque est technique : une attaque consensuelle sur Ethereum aurait des conséquences financières d’un ordre de grandeur supérieur à tout précédent.




