- Mining Bitcoin : l’énergie est le vrai halving qui compte en 2028
- Constat : un hashprice au plancher, une sélection en cours
- Thèse : le coût de l’énergie est le nouveau reward schedule
- Argument 1 : le renouvelable n’est plus un argument marketing, c’est un avantage compétitif
- Argument 2 : l’efficience hardware est un mur asymptotique
- Argument 3 : le mining devient un outil de gestion de réseau électrique
- Objection : « le hashrate prouve que le mining va bien »
- Appel : repenser le mining autour de l’énergie, pas du code
- FAQ
Mining Bitcoin : l’énergie est le vrai halving qui compte en 2028
Points clés
- Le hashprice est tombé à 29 $/PH/s/jour au Q1 2026, plus bas depuis le halving d’avril 2024.
- Seuls les mineurs à moins de 0,05 $/kWh et avec des ASICs de dernière génération (<12 J/TH) restent rentables.
- Le mix énergétique atteint 55 à 65 % d’énergies renouvelables, record historique.
- L’énergie, pas le code, est en train de devenir le facteur de sélection naturelle du mining.
On parle beaucoup du prochain halving algorithmique — avril 2028, récompense divisée à 1,5625 BTC. Mais le vrai halving est déjà en cours. Il ne se joue pas dans le code de Bitcoin : il se joue dans le prix du kilowattheure. En 2026, la moitié des mineurs mondiaux opère à perte ou à breakeven. Et ce sont ceux qui maîtrisent leur mix énergétique qui raflent la mise.
Constat : un hashprice au plancher, une sélection en cours
Le hashprice — revenu par petahash par seconde par jour — s’établit à 29 dollars au Q1 2026 selon le rapport trimestriel de CoinShares. C’est le plus bas depuis la période post-halving immédiate de mai 2024.
Le hashrate global, lui, continue de monter : 940 EH/s à 1,02 ZH/s en avril 2026, en hausse de 30 % sur douze mois. La difficulté suit, à 138,97 T. Plus de mineurs se disputent une récompense fixe, ce qui comprime les marges. Le breakeven moyen de l’industrie se situe autour de 77 000 dollars le Bitcoin. Or le cours oscille entre 74 000 et 76 000 au 18 avril. Traduction : environ 40 % des mineurs opèrent sous leur seuil de rentabilité opérationnelle.
Thèse : le coût de l’énergie est le nouveau reward schedule
Ma thèse est simple : le coût marginal de l’énergie remplace le halving comme mécanisme de sélection. Le halving réduit la récompense de 50 % tous les quatre ans. L’énergie, elle, opère un tri continu et granulaire : chaque cent de variation sur le kWh élimine ou qualifie un mineur.
Trois données le confirment. D’abord, l’écart de coût entre un mineur texan à 0,04 $/kWh et un mineur européen à 0,12 $/kWh produit un différentiel de marge brute de 320 % sur le même ASIC. Ensuite, la corrélation entre le hashrate et le prix du gaz naturel (Henry Hub) est passée de 0,12 en 2022 à 0,51 en 2026, signe que le marché de l’énergie drive désormais la capacité minière. Enfin, les 252 EH/s mis hors ligne au T1 2026 — signalés par Hashrate Index — correspondent presque exclusivement à des opérations avec un coût énergétique supérieur à 0,07 $/kWh.
Argument 1 : le renouvelable n’est plus un argument marketing, c’est un avantage compétitif
Le mix énergétique du mining Bitcoin atteint un record : 55 à 65 % d’énergies renouvelables et nucléaire selon le CBECI de Cambridge et les estimations de CoinShares. La répartition : hydroélectricité 42,6 %, éolien 15,4 %, nucléaire 9,8 %, solaire 3,2 %.
Ce n’est pas du greenwashing. Les renouvelables sont tout simplement moins chers dans les zones de surplus. Le Paraguay (hydro Itaipu, 0,03 $/kWh), l’Éthiopie (hydro Nil Bleu, 0,02 $/kWh) et le Texas (éolien nocturne, parfois négatif) offrent les coûts les plus bas du monde. Les mineurs qui se positionnent sur ces sources ne le font pas par conscience écologique mais par calcul économique. C’est précisément ce qui rend le mouvement durable : il repose sur l’intérêt, pas sur la vertu.
Argument 2 : l’efficience hardware est un mur asymptotique
En 2018, les meilleurs ASICs affichaient 98 J/TH. En 2026, le Bitmain S21 XP descend à 11,5 J/TH. C’est une amélioration de 7x en huit ans. Mais la physique des semi-conducteurs impose une limite : les prochaines générations (5 nm, puis 3 nm) gagneront 15 à 20 % d’efficience, pas 700 %. Le levier hardware s’amenuise.
En revanche, le levier énergétique reste ouvert. Passer de 0,07 à 0,03 $/kWh double presque la marge brute sur un S21 XP. Ce levier est plus accessible que le changement de génération hardware (un S21 XP coûte environ 8 000 dollars), et il est perpétuel : le prix de l’énergie varie en temps réel, ouvrant des stratégies de demand response et de curtailment qui n’existent pas pour le hardware.
Argument 3 : le mining devient un outil de gestion de réseau électrique
ERCOT (Texas), le principal réseau électrique américain pour le mining, a intégré les mineurs Bitcoin dans son programme de demand response depuis 2023. En échange de l’extinction volontaire lors des pics de demande, les mineurs reçoivent des crédits qui réduisent leur facture moyenne de 30 à 40 %. Riot Platforms a gagné 35 millions de dollars en crédits de curtailment en 2025.
Ce modèle s’exporte. Le Kazakhstan a lancé un programme similaire en mars 2026. Le Paraguay négocie avec Marathon Digital pour utiliser le mining comme stabilisateur de la production excédentaire d’Itaipu. La conséquence : le mining Bitcoin évolue d’une industrie énergivore vers une industrie de flexibilité énergétique, rémunérée autant pour sa consommation que pour sa capacité à s’effacer.
Objection : « le hashrate prouve que le mining va bien »
L’objection principale est que le hashrate continue de croître, ce qui suggérerait que l’industrie est en bonne santé. C’est un trompe-l’oeil. Le hashrate croît parce que les gros mineurs industriels (Marathon, Riot, CleanSpark, Core Scientific) investissent massivement dans des ASIC neufs. Ils remplacent les machines anciennes et augmentent leur part de marché. Pendant ce temps, les petits mineurs et les opérations familiales ferment : 252 EH/s hors ligne au Q1 2026, rappelons-le.
C’est exactement un effet de concentration. Le mining ressemble de plus en plus à l’industrie pétrolière : quelques majors avec accès au capital et à l’énergie bon marché, et un long tail de petits opérateurs en voie d’extinction. Le hashrate total augmente, mais le nombre d’opérateurs diminue.
Appel : repenser le mining autour de l’énergie, pas du code
Le prochain halving (2028) réduira la récompense à 1,5625 BTC. C’est un fait mathématique. Mais si vous êtes mineur ou investisseur dans le mining, ce n’est pas cette date que vous devez surveiller. C’est le prix du kWh dans votre zone, la disponibilité de PPA (Power Purchase Agreements) long terme, et l’accès aux programmes de demand response.
Les mineurs qui survivront au cycle 2026-2030 sont ceux qui pensent en termes de $/MWh, pas en termes de BTC/bloc. Le halving du code est prévisible et gérable. Le halving de l’énergie — la disparition des sources bon marché au profit des mieux positionnés — est le vrai mécanisme de sélection. Et contrairement au code, il ne s’arrête jamais.
Pour aller plus loin, lire aussi notre analyse du hashprice et l’article sur le mining d’État comme arme géopolitique.
FAQ
Le mining domestique a-t-il encore un sens en 2026 ?
En Europe, non. À 0,15-0,25 $/kWh, le mining domestique est déficitaire à tout prix du Bitcoin inférieur à 200 000 dollars. Aux États-Unis, il reste viable dans les zones à énergie excédentaire (Texas rural, Midwest éolien) avec un coût sous 0,05 $/kWh et un ASIC de dernière génération.
Le mining Bitcoin deviendra-t-il 100 % renouvelable ?
Peu probable à court terme, mais la tendance est claire. Le mix renouvelable est passé de 37,6 % (2022) à 55-65 % (2026). L’objectif de 75 % d’ici 2030, avancé par le Bitcoin Mining Council, est atteignable si les programmes de demand response continuent de s’étendre et si le prix du solaire poursuit sa chute.





